Quand autonomie rime avec pandémie

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Date de publication

mercredi 03 mars, 2021

Ressource

Anik Routhier

Depuis un an, les enfants ont bénéficié de bien des congés forcés. Avec la fermeture des garderies et des écoles, les cours en ligne et le confinement des Fêtes qui s’est prolongé, ils se sont retrouvés plus souvent à la maison qu’auparavant. Plusieurs parents avouent que cette situation, qui risque de se reproduire, a grugé leur énergie, déjà ordinairement très sollicitée.

Il existe cependant une solution simple pour reprendre un peu du poil de la bête et rendre la vie familiale moins exigeante : aider les enfants à développer leur autonomie. Contrairement à ce que vous pourriez penser, il n’est jamais trop tôt pour y travailler. Cet article vous propose donc de simples étapes pour faire évoluer l’autonomie de vos enfants et, par le fait même, pour respirer davantage dans votre rôle de parent.

Par Anik Routhier

 

Prélude à l’autonomie

Je tiens à être honnête : le développement de l’autonomie de votre enfant passe par une phase ingrate pendant laquelle vous allez avoir l’impression de travailler plus qu’avant, et de solliciter encore davantage votre patience. Attendre qu’un enfant de 3 ans s’habille, alors qu’il n’y est pas habitué, est beaucoup plus long que de l’habiller soi-même. Regarder un enfant de 4 ans qui se prépare un déjeuner pour la première fois génère bien plus de potentiels dégâts que de le lui servir directement. Mais, à moyen terme (et parfois même beaucoup plus rapidement que vous ne l’auriez cru), ce sont des efforts qui constitueront un investissement très payant. En outre, la beauté de cet investissement, c’est qu’il est garanti ! Alors, je vous en prie, une fois que vous aurez pris la décision de placer l’autonomie de votre enfant au centre de son éducation, persévérez !


Poupons et autonomie : des premiers pas importants

Deux apprentissages majeurs rendront votre poupon plus autonome, et vous occasionneront des moments de repos bien mérités : dormir seul et jouer seul. Un enfant de 6 mois en est parfaitement capable, ce qui ne veut pas dire qu’il n’aimerait pas mieux toujours le faire en votre douce compagnie. N’hésitez donc pas à installer bébé avec des jouets pour qu’il s’amuse (alors que vous lisez un bon livre ou que vous furetez sur votre téléphone) et instaurez une routine stable de sommeil pour aider votre chérubin à atteindre le monde de rêves. L’apprentissage du sommeil à lui seul peut sembler complexe, mais des livres sauront vous outiller à cet égard, comme Un sommeil paisible et sans pleurs : aider en douceur son bébé à dormir toute la nuit, d’Elisabeth Pantley. 


Trottineurs : l’autonomie à l’ère du terrible two

Votre charmant enfant de 18 mois ou de 2 ans fait déjà preuve d’autonomie. En effet, il est en mesure de manger seul, mais pourra aussi commencer à s’habiller et à ranger ses jouets. « Moi capab !» est d’ailleurs l’une de ses devises favorites. Profitez donc de cet élan vers l’autonomie pour encourager votre petit à faire les choses et créez des routines qui feront en sorte que certains gestes deviendront tout simplement des habitudes. En effet, il est beaucoup plus facile pour un enfant de faire les choses tout le temps, que de temps à autre. Cela lui permet d’abord et avant tout de mieux intégrer les apprentissages, mais cela a aussi le mérite de le sécuriser et de l’encadrer. Et il est étonnamment beaucoup plus aisé d’apprendre à ranger à un enfant de 18 mois qu’à un préadolescent récalcitrant. ??

Évidemment, gérer l’autonomie d’un « terrible two » vous demandera de la patience, mais je le répète, vous gagnerez au change à long terme. Avec les petits de cet âge, la technique des faux choix permet à l’enfant de devenir autonome tout en pensant qu’il contrôle, alors que vous êtes en fait le maître de la situation. Par exemple, vous pouvez proposer à votre petit de choisir entre deux chandails pour qu’il s’habille ou entre deux assiettes de couleur pour qu’il mette son couvert. Au moment de sortir, s’il rechigne, demandez-lui s’il veut mettre la tuque ou le pantalon de neige en premier (évidemment, les bottes ou les mitaines ne sont pas une option).

N’hésitez pas non plus à vous servir du jeu pour rendre l’apprentissage de l’autonomie agréable. Écouter une chanson, le temps du rangement ou de l’habillage, ou chanter rend les choses bien plus agréables (et si vous faussez, cela peut même accélérer le processus ??). Au fur et à mesure que votre enfant grandit, vous pouvez le défier de finir avant la fin de la chanson. Si vous utilisez toujours la même mélodie, d’ailleurs, vous programmez en quelque sorte la réaction de votre petit qui sait quel moment vient de s’annoncer.


3 à 4 ans : responsabilités et interventions

Plus l’enfant vieillit, plus vous pouvez lui donner des responsabilités. En plus d’augmenter véritablement sa confiance en soi (car c’est en FAISANT des choses que l’enfant l’acquiert, et non en se faisant dire inutilement et sans raison qu’il est un champion à chacune de ses respirations), cela intègre l’enfant à l’équipe familiale. En Occident, nous avons souvent tendance à tout faire pour les enfants, mais dans bien des parties du monde, il est normal que chaque membre de la famille participe et s’implique. Et comme votre enfant volera un jour de ses propres ailes, il vaut mieux l’y préparer tranquillement, mais sûrement.

Plusieurs tâches sont à la portée de l’enfant, que ce soit nettoyer ses dégâts, se laver (du moins, en partie) ou ranger ses vêtements si les tiroirs lui sont accessibles (l’usage de bacs pour les bas, sous-vêtements et pyjamas est d’ailleurs très pratique, et évite de devoir plier le linge).

Gardez en tête d’offrir de l’aide opportune seulement, c’est-à-dire si et seulement si l’enfant le demande (ou commence à s’énerver). Encore une fois, la patience est de mise, mais souvenez-vous que votre enfant a besoin de s’entraîner pour être efficace dans ses tâches. Vous ne l’aidez pas si vous faites tout à sa place (et pire, vous êtes peut-être même en train de lui envoyer un message inconscient d’incompétence).


4-5 ans : bientôt un « grand » de maternelle

À l’approche de leur rentrée scolaire, bien des enfants ont le sentiment de devenir des « grands ». Voilà l’occasion rêvée d’utiliser ce levier pour les encourager à étendre leurs habiletés. Entre autres, ils pourront commencer à s’investir davantage à la cuisine. Par exemple, ils sont tout à fait capables de se servir leur déjeuner. Oui, il y aura peut-être quelques dégâts, mais vous pouvez aussi prévoir les écueils. Par exemple, transvaser du lait dans un pichet plus facile à manipuler et moins lourd, regrouper dans un tiroir accessible de la vaisselle en plastique (verres, assiettes et bols) et des napperons, mettre les céréales et le pain sur la tablette du bas du garde-manger, etc. Vous apprécierez grandement la prolongation de votre grasse matinée ainsi créée.


L’école, un pas pour l’autonomie

Une fois l’enfant à l’école, il pourra, entre autres, faire ses lunchs. Personnellement, j’ai commencé à les faire faire à mes deux derniers enfants alors qu’elles étaient en maternelle. Tout le monde sursaute un peu, mais voici ce que je faisais : je m’occupais du repas principal (dans le thermos), mais les filles devaient choisir une collation, deux fruits ou légumes ainsi qu’un dessert. Cela me faisait gagner un peu de temps, et le principal avantage était qu’en choisissant elles-mêmes ces aliments, elles les mangeaient ! Si vous êtes abonné aux boîtes à lunch qui reviennent à moitié remplies, je vous jure que cette astuce changera votre vie. Et une fois votre enfant plus grand, vous pourrez le laisser préparer le lunch en entier.

En outre, n’hésitez pas non plus à rendre votre enfant plus autonome lors de la période des devoirs. Ceux-ci, en principe, ont été choisis par l’enseignante, car elle juge que l’enfant peut les faire seul. Je ne dis pas de ne pas répondre aux questions de votre jeune, mais vous asseoir systématiquement à côté de lui pendant ses devoirs mène parfois à une certaine paresse intellectuelle, et aussi à des conflits. Vous pouvez impliquer votre enfant dans le choix du moment de la période de devoir, et lui demander de vous dire ce qu’il doit faire au début de la période, afin d’en vérifier tout simplement la réalisation à la fin. Établissez également avec lui des règles claires et des conséquences logiques pour le « niaisage », si votre enfant a tendance à perdre son temps.       


L’autonomie : une manière de vivre

L’autonomie est une manière de vivre en famille. Si vous souhaitez que votre enfant la développe véritablement, elle doit teinter vos gestes quotidiens, et ce, dès le départ. En procédant ainsi, vous aidez votre enfant à développer sa confiance en soi, mais vous l’amenez aussi à être mieux préparé à la vie. En prime, après une période d’adaptation, vous deviendrez un parent beaucoup moins sollicité et fatigué, car vous n’assumerez plus l’ensemble des tâches, mais les partagerez de façon équitable avec votre enfant.

 

Anik Routhier
Enseignante en Techniques d’Éducation à l’enfance

 

Photo : Annie Spratt