La peur éduque-t-elle votre enfant ?

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Date de publication

jeudi 09 janvier, 2020

Ressource

Anik Routhier

L’Halloween approche et les petits affronteront leurs peurs en croisant dans les rues sorcières, vampires et bien d’autres personnages effrayants. S’il est normal d’éprouver de telles craintes dans la petite enfance, on peut être porté à croire qu’une fois adulte, la peur n’existe plus. En effet, la vue d’une minuscule araignée ou d’un sombre placard, ou même le dessous du lit ne suscitent aucune émotion (si ce n’est qu’un peu de découragement si trop de poussière y règne !). En vieillissant, la peur devient assez sournoise, et elle peut s’immiscer dans votre vie sans s’annoncer. Pire, c’est peut-être elle qui gère votre vie familiale, sans que vous en soyez vraiment conscients.


Cet article se veut une occasion de vous positionner face à la peur. Vos décisions parentales sont-elles prises en toute liberté et correspondent-elles à ce que vous souhaitez véritablement pour vos enfants, ou est-ce plutôt la peur qui dirige vos interventions éducatives ? Si cela est le cas, quels en sont les traces au quotidien et les impacts à long terme ? Ne craignez pas de lire la suite, cela pourrait, justement, vous libérer de certaines de vos peurs. Naviguez parmi les  exemples les plus communs, mais n’hésitez pas à pousser encore plus loin votre réflexion, pour que vos choix deviennent le fruit de la liberté, et non celui de la peur.


La peur de l’effort

Lorsqu’il s’agit de demander à votre enfant de participer aux tâches, de desservir la table, de plier ou de ranger ses vêtements, de ramasser ses jouets, que faites-vous ? Pensez-vous qu’il vaut mieux le laisser tranquille pour qu’il « profite » de son enfance, et faites-vous les choses à sa place ? Avez-vous peur d’exagérer ou que la DPJ vous accuse d’abuser de votre pauvre enfant parce qu’il a effectué 10 minutes de tâches dans une journée ;) ? Craignez-vous que les corvées soient mal exécutées et préférez-vous les accomplir de la « bonne » manière (c’est-à-dire la vôtre !) plutôt que de repasser derrière pour corriger parfois le tir ? Avez-vous peur que votre enfant fasse des erreurs et des gaffes que vous devrez potentiellement réparer ?

Quelle que soit la peur qui se cache derrière un parent qui fait tout à la place de son enfant, les résultats risquent d’être les mêmes : la débrouillardise et l’autonomie en prendront pour leur rhume. Une fois adolescent ou adulte, l’enfant qui n’a jamais participé à la vie familiale peut être plutôt ignorant de la manière de faire les choses, ou pire, s’attendre à ce que les autres les fassent toujours pour lui. Donnez un coup de pouce au futur conjoint ou à la future conjointe de votre enfant, et montrez à ce dernier qu’il est sain que tous les membres de la famille mettent la main à la pâte !

Optez pour la liberté que génère le développement de l’autonomie. Après quelques années, vous vous en trouverez gagnant, car vos enfants s’impliqueront facilement à la maison, et dans leur futur contexte de vie.


La peur d’assumer l’autorité ou de dire NON

Lorsque vous devez dire NON à votre enfant, comment vous sentez-vous ? Avez-vous plutôt peur de le brimer en n’accédant pas à ses demandes ? Avez-vous peur de le diriger, de prendre des décisions pour lui ? Êtes-vous du genre à le consulter sur tout pour éviter les crises et la négociation si vous imposez quoi que ce soit (repas, habillage, moments et durée des sorties, etc.).

Ce genre de comportement laisse entrevoir à votre enfant qu’il peut décider de tout, et que les mots NON ou IMPOSSIBLE n’existent pas. Or, dans la « vraie vie », ce sont des concepts très présents. Aussi bien habituer tout de suite votre enfant à vivre les frustrations et à les accepter. Et comprenez-moi bien, tout le monde a le droit d’être déçu ou fâché devant un revers ou un refus, mais votre enfant doit apprendre à vivre ces émotions en les exprimant sainement et en lâchant prise après coup, si le NON s’avère sans appel. En faisant vivre des frustrations graduelles à votre enfant, des plus petites aux plus importantes (p. ex. : ne pas manger 15 minutes avant le repas, devoir se coucher, ou encore devoir annuler les vacances familiales), vous l’aidez à devenir un adulte résilient, qui supportera les épreuves de la vie avec plus d’aisance.

En ce sens, il vaut mieux développer la liberté d’exprimer vos convictions sachant que, comme parent, vous prenez les meilleures décisions possible pour votre enfant, même si celles-ci ne sont pas toujours populaires. Globalement, vous savez mieux que votre enfant ce qui est bien pour lui à long terme, et vous devez aller dans cette direction, même si cela crée des remous émotifs chez votre enfant. Avec le temps, il apprendra à se trouver des stratégies pour ne pas s’y noyer inutilement.


La peur du manque ou de la perte

Avez-vous peur que votre enfant soit en manque de quoi que ce soit de matériel : pas assez de jouets, d’activités de loisirs ou parascolaires, de nourriture, de vêtements, de plaisir (sorties, restaurants…) ? Êtes-vous du genre à tout acheter pour votre enfant, en allant même jusqu’à vous oublier parfois ou même tout le temps ? Craignez-vous que votre enfant soit malheureux s’il n’a pas ASSEZ de quelque chose ? Avez-vous peur de l’obliger à partager, parce que cela créerait un manque en lui ?

Si telles sont certaines de vos peurs, vous risquez de faire comprendre à votre enfant que la surconsommation constitue la voie ultime du bonheur, alors que ce n’est pas le cas (voir Éditorial à ce sujet). Vous transmettez aussi à votre enfant une propension aux achats qui nuit au bien-être de notre planète. Et vous l’habituez à attendre le prochain gadget, ou la prochaine dépense, pour se sentir momentanément heureux.

Soyez libre en offrant plutôt à votre enfant l’occasion d’apprécier ce qu’il possède dans sa qualité et non sa quantité. Faites en sorte qu’il éprouve une réelle gratitude et que ses « mercis » soient sincères et sentis. De plus, provoquez des occasions pour lui de vivre le plaisir de partager et de créer ainsi du bonheur chez autrui. Il vous en remerciera un jour !


La peur du jugement

Craignez-vous le regard des autres parents sur vous et votre enfant ? Êtes-vous du genre à faire comme si rien ne se passait alors que votre enfant fait une crise en public, plutôt que d’intervenir, car vous avez peur que les autres jugent votre manière de faire ? Vous demandez-vous souvent ce que les autres parents pensent de vous ? Avez-vous tendance à vous comparer constamment ? Vous arrive-t-il de copier ce que les autres font ou de chercher l’approbation et les conseils des autres sans même vous questionner ?

Si vous répondez positivement à l’une ou à l’autre de ces questions, la peur du jugement vous guette probablement, et vous risquez, par le fait même, de la transmettre à votre enfant. Or, s’aimer soi-même et s’accepter tel que l’on est demeure un atout précieux pour être heureux… 

Considérant qu’il est impossible de plaire à tout le monde, pourquoi ne pas simplement agir de la manière dont vous avez envie ? Soyez libre d’être authentique et d’apprécier votre différence !


La peur du changement

Avez-vous peur de brusquer votre enfant en changeant sa routine ? Pensez-vous que votre enfant fera une crise si vous avez laissé sa peluche ou sa sucette à la maison lors d’une sortie ? Croyez-vous porter préjudice à votre un enfant s’il n’est pas avec vous et qu’il doit s’adapter à une éducatrice ou aller à un nouveau camp de jour ? 

Bien que la routine soit sécurisante pour tous, adultes comme enfants, il n’en demeure pas moins que la vie, par sa nature, provoque de constants bouleversements. Faites en sorte que votre enfant y réagisse positivement, en l’amenant à en vivre graduellement. Son futur passage à l’école, ses changements de classe, ses potentiels deuils (amis qui s’éloignent, grands-parents ou animal de compagnie qui décèdent, etc.), un possible déménagement ou une séparation : ces éléments deviendront moins déstabilisants si votre enfant est habitué à s’ajuster au changement, de manière générale.

Vous conduisez ainsi votre enfant à être libre de profiter des surprises de la vie en les abordant avec optimisme et curiosité plutôt qu’avec frustration et regrets de ce qui n’est plus…


Le contraire de la peur

Bien qu’il soit tout à fait normal de ressentir de la peur et de se laisser guider par celle-ci pour passer à l’action, il n’en demeure pas moins qu’être parent requiert une bonne part d’audace, de courage, de confiance et d’assurance. Les décisions que vous prendrez avec ce genre d’attitudes donneront un bien meilleur résultat, et vous ressembleront davantage.

S’il n’y a pas de recette miracle pour passer de la peur à la liberté, faire de petits pas hors de vos zones de confort semble une avenue intéressante. Alors, à vous de sauter et de découvrir d’autres manières d’agir, non pas parce que vous avez peur, mais parce que vous voulez vivre pleinement !



Anik Routhier
Enseignante en Techniques d’Éducation à l’enfance