Devenir père

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Date de publication

samedi 01 mai, 2004

Comment devient-on père, au-delà des évidences biologiques ? À quel moment paraît cette étincelle dans le regard qu’un homme jette sur lui-même ; l’étincelle qui l’avise qu’il est bel et bien papa ?

 

Pour certains, ça se passe en voyant, bouche bée, la ligne bleue du test de grossesse. Pour d’autres, c’est à l’écographie, les yeux rivés aux premières images de l’enfant. La paternité surprend certains la première fois qu’ils prennent Bébé dans les bras, imbus d’un profond sentiment protecteur envers ce petit être. D’autres encore assistent à ces événements et ceux qui suivent avec l’impression que le sentiment de paternité se fait attendre. Ils gardent cela sous le silence et les sourires avec lesquels ils accueillent les félicitations de l’entourage. Le sentiment de paternité est parfois difficilement saisissable.

 

L’arrivée d’un premier enfant est une étape importante dans la vie d’un homme. Une étape pleine de potentiel transformateur. De là la pertinence de faire le point à l’avènement de sa paternité. Vous pouvez vous pencher sur ce que vous attendez de la paternité, ce que vous anticipez avec joie et ce que vous redoutez. Par exemple, vous-êtes vous déjà demandé quelle sorte de père vous aimeriez être ? Vous ne souhaitez probablement pas n’être qu’un pater-pourvoyeur qui rentre souper en silence chaque soir. Alors à quel modèle vous identifiez-vous ? Celui de Marlon Brando dans Le Parrain ? Celui de Danny Glover dans Arme Fatale ? Celui de votre père ou de votre oncle Charles ? Mais au fond, en quoi consiste la paternité ?

 

Sur les pistes de la paternité

La paternité c’est tenter de répondre à trois séries de besoins : les besoins de votre enfant ; les besoins de votre épouse ; et vos propres besoins. Plus souvent qu’autrement, ce qui surgit d’abord dans l’esprit d’un homme à l’avènement de sa paternité ce ne sont pas ces besoins mais plutôt ses désirs et ses craintes, ce qui n’est pas forcément la même chose. Vos désirs et craintes font aussi partie de la paternité et sont un bon point de départ si vous souhaitez vous préparer mentalement pour le rôle de père.

 

Voulez-vous devenir père afin d’être pour votre fille ou fils le sorte de père que vous auriez préféré ? Cherchez-vous à plaire à vos parents ? Avez-vous hâte de vivre des moments de complicité avec votre enfant ? Craignez-vous de ne pas être à la hauteur ou de perdre votre liberté ? Il n’y a pas de bonnes ou mauvaises réponses à ces questions. Vos réponses permettent de vérifier si vos désirs et craintes sont susceptibles de vous aider ou nuire dans vos efforts à répondre aux besoins de votre enfant, de votre épouse et à vos propres besoins. Si elles nuisent, il y a moyen de s’en servir avec créativité afin qu’elle facilite votre paternité.

 

Travailler avec les désirs et craintes

Rédigez une liste à deux colonnes, avec vos désirs dans une colonne et vos craintes dans l’autre. Laissez-vous aller. Ne censurez pas. Ensuite, à côté de chaque désir, écrivez ce qui peut aider à le réaliser et ce qui peut lui poser obstacle. Faîtes la même chose à côté de chaque crainte. Vous pouvez parler des éléments de votre liste avec des pères chevronnés, afin de vous faire une idée plus concrète de la paternité, des moyens de vous y adapter et de l’adapter à votre individualité. Il serait aussi fort pertinent que votre conjointe dresse sa propre liste par rapport à la maternité et que vous compariez vos listes. Ceci est un excellent outil pour dynamiser la communication de couple. Vous serez peut-être autant surpris des choses que vous avez en commun que des différences.

 

N’attendez pas

Soyez pro-actif dans votre paternité. Informez-vous sur comment vous pouvez assister votre conjointe pendant la grossesse et l’accouchement, sur les soins d’un nouveau-né. Ils ont besoin de vous. Profitez le plus possible des occasions de vous rapprocher de votre paternité : en parlant à votre enfant dans le ventre de sa mère, en massant les chevilles de votre épouse, en assistant à l’écographie, à la visite de l’unité de naissance ou aux cours pré-natals. Ne soyez pas surpris si à bien des endroits, tels que l’hôpital, on ne vous parle presque pas de la paternité. Cela ne vous empêchera pas de l’explorer vous-même, de découvrir votre propre paternité, ses défis, ses résonances, ses merveilles et ses qualités uniques, souvent complémentaires à la maternité.

 

Suggestions de lecture :

Le vrai rôle du père, de Jean Le Camus (Odile Jacob, 2000).

Les père ont des enfants, Alain Etchegoyen & Jean-Jacques Goldman (Seuil, 1999).

 

Jean-Pierre Plouffe est travailleur social et psychothérapeute