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le mercredi 8 septembre 2010 | 09:14
Naturino
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par Marie-Hélène Proulx
Communiquer ou virtualiser : les parents, les enfants et Internet
À notre époque, les moyens de communiquer se multiplient et les nouvelles technologies permettent de le faire n’importe où, à l’aide de messageries texte ou à l’écran, avec des gens qui sont en ligne ou ne le sont plus, par les mots, les images ou même avec un ami ou une connaissance à l’autre bout de la planète, à travers les jeux vidéo interactifs, etc. Et qui dit nouvelles communications dit nouveaux langages : alors que ces nouvelles technologies font naître dans la bouche des jeunes des mots comme « LOL », « chatter », « googler » et « surfer sur le net », elles en font naître d’autres dans les médias destinés aux parents comme « cyberdépendance », « hypersexualisation », « cyberprédateurs » et « cyberintimidation ». Comment peut-on alors espérer, à l’intérieur de la famille, finir par se comprendre à propos de la Toile sans y rester pris au piège?

Hotel Muzo INTERNET, UN MODE DE COMMUNICATION BIEN DE NOTRE ÉPOQUE

Des natifs du numérique
Inquiets, les parents? C’est le moins que puisse en dire Jacques Piette, professeur au Département des lettres et communication de l’Université de Sherbrooke : « La plupart des parents entendent parler de l’influence des nouveaux médias et de la cyberdépendance et voient les nouvelles technologies d’un œil très négatif, à cause de l’ignorance. Cela mène souvent à des craintes exagérées alors qu’au contraire, chez la plupart des jeunes du primaire et du secondaire, on constate une relation plutôt positive à Internet, comme moyen de recherche et de socialisation. »

Et cette tendance semble là pour rester. Dès 7 ans, plusieurs enfants veulent essayer le courriel. Vers 11-12 ans, ils désirent communiquer avec leurs amis sur les réseaux sociaux et plus ils grandissent, plus leur rapport à la technologie se complexifie : « Ils chattent en écoutant de la musique, en jouant à des jeux ou en faisant leurs devoirs, tout en discutant en ligne avec 5 ou 6 amis en même temps », rapporte Ann Farrell, qui vient de terminer une maîtrise sur le sujet. Cet engouement technologique est loin de représenter pour elle un signe que les enfants tendent à se couper du monde. Ils adaptent leurs moyens d’entrer en relation avec leurs pairs aux instruments qui leur sont accessibles, quoiqu’en pensent les parents : « Ils sont des natifs du numérique, là où nous ne sommes que des immigrants de première génération. Là où nous voyons une machine, l’Internet ou les textos demeurent des outils, des moyens de rejoindre un ami, pas des finalités. »

Un prolongement de la cour d’école
D’ailleurs, les discussions observées par les chercheurs permettent de conclure que le recours à ces outils technologiques sert le plus souvent à prolonger les relations de la cour d’école hors des heures de cours, ou encore avec les autres amis et la famille. Dans cet univers qui leur est familier, les jeunes ont aussi naturellement tendance à reproduire les règles de sécurité qu’ils ont appris à appliquer dans la vie quotidienne, comme d’éviter de permettre à des inconnus d’avoir accès à leur vie privée. « Ils sont généralement sensibilisés au danger et possèdent les moyens technologiques pour bloquer l’accès à ceux qui ne font pas partie de leur groupe de messagerie fermé », constate Jacques Piette. Avec le temps, les jeunes développent une multitude de moyens pour reconnaître leurs intimes malgré l’absence du visage, du timbre de voix et de l’expression apparente des émotions, comme des fautes d’orthographe, des expressions qui leur sont communes ou des icônes de prédilection : « Lorsqu’ils ont des doutes, les gens demandent à leurs amis de préciser leur pensée et découvrent ce qui se passe », remarque Anne Farrell.

L’Internet peut aussi permettre à ceux qui déménagent, qui doivent vivre entre deux maisons à cause du divorce ou autre chose, de maintenir les liens avec leurs amis ou, pour d’autres, de s’en faire présenter des nouveaux par leur réseau lorsqu’ils arrivent dans un nouveau milieu. Ce côté plus anonyme du Web pourrait parfois donner une chance à ceux que les différences physiques ou le statut à l’école ne favorisent pas toujours. Les jeunes sentent qu’ils attirent l’attention pour ce qu’ils ont à dire plutôt que pour leur apparence et qu’ils ont le temps de réfléchir avant de répondre. Certains jeunes moins habiles socialement peuvent même parfois trouver dans les jeux en ligne une bonne stratégie d’adaptation. Les nouvelles consoles de jeux favorisent beaucoup plus qu’avant la formation d’une communauté de joueurs, ce qui contribuerait aussi à la socialisation. « Si certains y trouvent du réconfort et que cela peut avoir une influence positive sur leur vie “non virtuelle”, pourquoi pas? » considère Emmanuelle Erny-Newton, spécialiste au Réseau Éducation-Médias.

Ce n’est toutefois que vers 13-14 ans que les amitiés virtuelles commenceraient parfois à susciter plus d’intérêt que celles de la cour d’école. Elle constate aussi que, durant ces années d’exploration, les causes de rapprochements et de conflits demeurent ce qu’elles ont toujours été : des réactions à l’intérêt, ou au rejet, manifesté par l’autre. « On se crée des réseaux, se présente des gens sur la Toile ou encore, on rejoint des gens qui partagent nos affinités. […] Là où Internet devient conflictuel, c’est lorsque les amis commencent à se faire exclure. Lorsque quelqu’un décide de fermer l’accès à un copain, celui-ci ne peut pas voir si son ami est en ligne ou non, mais il arrive qu’il apprenne par une tierce personne qu’il n’a pas été invité par son ami à sa discussion sur le net, ce qui devient un irritant », explique Anne Farrell.

LES RISQUE D'INTERNET NE SONT PAS TOUJOURS LÀ OÙ ON LE PENSE

Cette aptitude des enfants et des jeunes à s’adapter n’exclut toutefois pas la nécessité pour les parents d’accompagner leurs enfants pour éviter différents écueils pouvant être rencontrés sur le net. Dès 4 à 8 ans, les enfants, qui ne sont pas encore très ancrés dans la réalité, trouvent déjà une multitude de jeux qui s’adressent à eux, et même des formes de préréseautage social, et l’attrait pour les réseaux moins sécurisés augmente naturellement avec l’âge.

Isolement, passivité et violence
En ce qui concerne l’impact des médias virtuels, les opinions des chercheurs rencontrés varient, surtout à propos des jeux, même s’ils reconnaissent tous que l’attrait des adolescents pour les scénarios plus lugubres ne date pas d’hier et mène rarement au drame : « On se pose les mêmes questions à propos des relations des enfants à Internet que l’on a pu se poser auparavant à propos des autres médias, que ce soit la télé ou la BD, surtout lorsqu’on y retrouve des histoires avec des héros et des méchants. Les jeunes font très bien la différence entre la réalité et le virtuel. Sauf dans des cas très rares où les jeunes ont déjà des problèmes, Internet ne rend pas les jeunes plus violents », croit pour sa part Jacques Piette. Selon Anne Farrell, toutefois, une distinction demeure : « Ce qui est différent entre la télé et le jeu vidéo, c’est le contrôle qu’a un enfant lorsqu’il tire… et qui est récompensé en montant de niveau. Dans l’armée aussi on utilise le même genre de simulateur pour former de bons tireurs. »

Richard Pesant, pour sa part, qui travaille auprès des jeunes et des familles aux prises avec une consommation inappropriée de jeux vidéo, considère qu’une infime minorité des ados cumulent des facteurs de risque de consommation inappropriée, et ceux-ci ne développent pas tous des problèmes : « Dans les jeux de rôle, on devient des avatars très puissants, ce qui peut répondre au besoin de reconnaissance, de pouvoir et d’appartenance et apporter beaucoup de satisfaction, surtout à l’adolescence ou si l’estime de soi est faible. Chaque type de jeu correspond à un besoin à combler. Certains jeunes s’emballent plus que d’autres et se créent de petites communautés plus fermées ou reprennent un peu le langage du jeu dans leur vie. » Les parents qui demandent les services de l’équipe de Richard Pesant pour des problèmes de dépendance aux jeux vidéo le font parfois lorsque les enfants commencent à s’attaquer à leur matériel ou lorsqu’ils sont frustrés. Les effets peuvent aussi se faire sentir sur la performance scolaire, l’alimentation, le sommeil, l’hygiène ou encore la santé, comme par exemple l’apparition de tendinites. Toutefois, cette « cyberdépendance », qui n’est pas encore clairement définie par la science, peut prendre plusieurs formes : en effet, les jeunes peuvent trouver de multiples raisons de devenir accros à Internet, que ce soient les jeux, la loterie, les médias sociaux (clavardage), la pornographie, alors qu’une bonne proportion d’entre eux se laissent plutôt prendre par la recherche excessive d’information.

Ce risque « d’attrait excessif » n’empêche pas ces chercheurs de considérer Internet comme une source merveilleuse de découverte de soi, des compétences sociales et du monde, découverte qui gagne à être mieux orientée : « Au cinéma comme dans les jeux, ce que les enfants apprécient, c’est d’avoir des étapes à traverser; ils n’ont pas nécessairement besoin d’un scénario violent pour cela », indique madame Farrell. L’opportunité a d’ailleurs déjà été explorée et a porté fruit, même auprès de clientèles plus vulnérables dont les autistes et les jeunes souffrant de déficit d’attention, qui parviennent, par certains jeux et exercices vidéo, à réduire les symptômes dont ils souffrent.

Inconnus, prédateurs et hypersexualisation
Plus encore que les images violentes cependant, les images plus sexualisées du net font souvent la une des médias et des discours parentaux sur le sort des jeunes. Elles peuvent parfois apparaître malgré les filtres, conçus pour reconnaître les mots inconvenants plutôt que pour décrypter les images. Ces technologies n’empêcheront pas non plus les jeunes de parvenir à s’échanger quelques mots coquins, à partir du moment où ils en inventent, ce qui est courant.

Mais le but de l’encadrement ne doit pas nécessairement être de censurer les enfants. À l’âge du primaire, les enfants, et surtout les filles, sont plus effrayés qu’attirés par les images pornographiques ou violentes qui leur tombent parfois sous les yeux sur le Web. « Vers 15 ans, les jeunes peuvent chercher de plus en plus d’informations sur le Web, concernant la sexualité ou tout autre sujet qui les gêne, tout en continuant de développer leur esprit critique sur ce qu’ils voient », explique madame Erny-Newton. La tentation est parfois forte, en grandissant, de se laisser tenter par les jeux de la séduction et, si quelques-uns entament même parfois des idylles sur Internet, d’autres préfèrent plutôt s’en servir pour enjoliver un peu la réalité. Ils développent aussi leurs habiletés à détecter les signes indiquant que leurs interlocuteurs ne sont pas qui ils prétendent être, même s’ils ne renoncent pas toujours pour autant, à s’en amuser : « Apprendre aux enfants, même lorsqu’ils arrivent à l’adolescence, à être critiques, c’est aussi leur apprendre que certaines choses ne seront jamais acceptables, comme de flirter avec un adulte, même si c’est pour rire de lui », conclut madame Farrell. Mais les chercheurs constatent plutôt que la plupart des expressions sexuellement explicites s’échangent surtout entre les jeunes eux-mêmes, un jeu d’apprivoisement de l’érotisme qu’Internet est loin d’avoir inventé.

Intimidation et dévoilement intime
Avec l’habileté, les jeunes développent aussi l’habitude et le plaisir d’échanger leurs photos, leurs confidences et celles de leurs amis, sans que cela soit nécessairement considéré comme un bris de confiance. Mais encore là, par leurs essais et leurs erreurs, les jeunes font leur propre éducation aux risques liés à leur âge et comprennent habituellement assez rapidement, vers 10 ou 11 ans, que les choses qu’ils se disent sur le net peuvent être copiées-collées : « Les réseaux sociaux, ça crée souvent des contextes où plusieurs personnes se rencontrent en même temps; dans cette situation-là, une information comme “Jonathan est un con” circule beaucoup plus vite. Lorsqu’un adolescent se rend compte qu’il vient de dire quelque chose devant 40 personnes dans l’intimité de sa chambre, ça donne de grosses conséquences à l’impulsivité normale des jeunes », explique toutefois monsieur Richard Pesant, clinicien au Virage. Il en va de même du choix des mots et des icônes qu’ils choisissent pour exprimer leurs émotions.

Cet apprentissage peut toutefois être plus long et plus pénible lorsqu’il prend la forme d’une intimidation, d’autant plus que le média virtuel ne permet pas toujours de mesurer la portée de son geste. Et si l’intimidation a toujours existé dans les cours d’école et que l’intimidation en ligne n’en est souvent que le prolongement jusqu’à la maison, il n’en demeure pas moins que les appels de détresse se multiplient, à ce sujet, dans les organismes d’écoute pour jeunes.

Les traces de ce que l’on a dit ou subi peuvent perdurer et il est de plus en plus courant que les futurs employeurs ou amoureux se prêtent à une petite enquête Internet avant de fixer leurs choix. Mais les traces qu’on laisse derrière soi ne font pas que nuire à la victime, dit Anne Farrell : « La victime d’intimidation qui a maintenant des preuves de ce qu’elle avance n’est plus seulement soumise à la subjectivité du groupe. J’ai même vu des cas où l’école a fini par s’en mêler. »

Le marketing et la quête d’information
Mais même lorsque nul mot offensant n’apparaît à l’écran et que les enfants se limitent à des sites conçus pour eux, les spécialistes conseillent de ne pas laisser s’endormir toute vigilance puisque plusieurs compagnies de marketing voient dans ces sites de petites mines d’or pour annoncer des produits, connaître les goûts des enfants ou récolter de l’information sur eux et leurs amis, particulièrement à travers les concours, souvent en utilisant un langage ambigu. D’autres sites très légaux sont plutôt contestables sur le plan des valeurs ou des stéréotypes qu’ils véhiculent. Leur impact est difficilement mesurable à long terme sur la vie des jeunes, tel le site de Barbie, pour les plus jeunes ou, pour les plus vieux, www.doyoulookgood.com où des jeunes, dès le secondaire, laissent leur photo pour que des personnes du sexe opposé leur donnent un pointage.

LA SURVEILLANCE PARENTALE N'EST PAS DÉMODÉE

Encadrer les pratiques
Si la peur et l’ignorance peuvent donner l’impression aux jeunes que leurs parents sont d’une autre époque, l’encadrement parental n’en est pas démodé pour autant et les parents peuvent encore être tenus responsables des actions posées par leur enfant sur la Toile. Mais l’intervention tient davantage du domaine des grands principes que les parents aimeraient transmettre, sur la Toile comme dans la vie : « Pour qu’une intervention soit plus acceptable, il vaut mieux avoir précisé avant ce que l’on considère comme acceptable ou non, les amener à y réfléchir », croit Anne Farrell. Les enfants peuvent aussi être avertis qu’ils verront parfois sur la Toile des images peu recommandables : « Ils vont apprendre à considérer le parent comme une source fiable pour les aider dans leurs choix », croit aussi Jacques Piette.
Justement parce qu’il suscite cette réflexion, le Web demeure un outil enrichissant et amusant à pratiquer en famille. Le fait de commencer tôt le dialogue, de laisser l’ordinateur dans un lieu passant de la maison et d’utiliser les outils technologiques à sa disposition comme les marques-pages ou encore les sites d’information comme Réseau Éducation-Médias, pour en savoir davantage, peut aussi faciliter les choses. De même, les filtres parentaux peuvent aider à guider la navigation virtuelle des 10-11 ans, encore peu doués en informatique et ne possédant pas toujours les compétences techniques pour éviter de se retrouver sur les sites qui ne leur conviennent pas. « Ça évite les accidents à un âge où les enfants ne cherchent pas nécessairement à aller à l’encontre de l’avis des parents », précise Emmanuelle Erny-Newton.

Sensibiliser
Le fait de jeter un œil sur ce que font les enfants permet donc de leur éviter une surexposition à des images qui les troublent ou les amènent à se désensibiliser de ce qu’ils voient, ce qui n’est pas nécessairement innocent ou purement théorique : « Même dans certains traitements, la surexposition est parfois utilisée pour mener à la désensibilisation, comme dans les traitements anxieux, par exemple », explique Richard Pesant. Naturellement, lorsqu’il est question de violence, de vulgarité ou de cruauté sur le Web, une telle désensibilisation ne va pas du tout dans le sens de l’éthique que le jeune doit construire durant ces années-là. « L’empathie aussi, c’est là que ça commence », précise Anne Farrell. Mais, comme l’explique Emmanuelle Erny-Newton, elle se poursuit aussi dans l’exemple que l’on donne : « Quand des adultes s’amusent ouvertement de vidéos amateurs où l’on voit des adultes, des jeunes ou même des enfants se faire ridiculiser, je me demande quel message on pense envoyer aux jeunes! »

S’initier à l’informatique
Déjà, en faisant l’exercice de lui apprendre à ouvrir l’ordinateur, à manipuler la souris ou en le conseillant sur les sites, le parent démontre que la manière dont il veut participer aux champs d’intérêt et à l’apprentissage de son jeune va au-delà de simplement fournir des moyens techniques. Et même si l’encadrement essentiel demeure davantage du côté de l’apprentissage humain que de la technique, avoir débroussaillé ce nouveau langage peut, d’après madame Farrell, contribuer à maintenir le lien familial autour de l’ordi : « Le parent peut toujours demander à son enfant “Qu’est-ce que tu fais, de ce temps-ci, avec tes amis?” Il socialise probablement de la même manière sur Internet, alors, ce ne devrait pas être tellement plus difficile d’en discuter […] C’est certain que de connaître certains principes, comme la possibilité de bloquer un contact sur MSN, par exemple, peut aider un parent à poser des questions plus précises et comprendre mieux les réponses. »

S’intéresser à ce qu’ils font
Mais par-delà l’écran, le simple fait de manifester ouvertement son désir de dépasser l’écart des générations pour maintenir le dialogue et chercher à varier les activités familiales si l’ordi commence à prendre trop de place, devrait, selon ces spécialistes, demeurer une bonne base de départ pour démontrer que le lien de confiance est toujours possible. « L’erreur que l’on fait est de "démoniser" l’objet plutôt que le problème; ça prend un terreau fertile pour qu’un problème comme la dépendance puisse évoluer. Chez les jeunes où l’usage commence à devenir problématique, il y a habituellement moins de cohésion familiale, peu de rituels familiaux, d’activités communes et moins d’engagements des membres de la famille les uns envers les autres. C’est donc dans la modification du contexte que le travail doit commencer », relate Richard Pesant, qui est aussi confronté, en thérapie, au fait que de plus en plus de parents peuvent passer leur soirée sur Internet et que, comme dans le cas d'autres dépendances, celle-ci se transmet parfois de génération en génération…

S’adapter à leur autonomie
Malgré toutes ces bonnes intentions, les parents gagnent à garder en tête la différence entre la saine curiosité et le contrôle, afin de demeurer sur la même longueur d’onde que leur enfant et d’adapter leur encadrement à son besoin d’autonomie. À l’approche de l’adolescence, les parents risquent aussi de surprendre leurs enfants à refermer leur page Internet à l’arrivée d’un autre membre de la famille : « Ce n’est pas nécessairement parce qu’ils font quelque chose de mal, mais parce que c’est leur monde », indique madame Farrell. Les parents ont alors avantage à chercher d’ingénieux compromis, car avec l’adolescence qui approche, arrive aussi le moment où, par courriel ou de vive voix, l’enfant nous confronte à nos propres choix, ce qui amène Richard Pesant à se demander : « Dans un avenir rapproché, et même maintenant, des parents qui se sont rencontrés sur le Web vont se mettre à avoir des enfants à qui ils vont devoir expliquer les règles à suivre. Comment pourront-ils alors expliquer à leurs enfants que ce n’est pas bon et dangereux, alors que l’histoire de leur vie de famille a elle-même commencé par quelques clics? »


Merci à :
Jacques Piette, professeur du Département des lettres et communication à l’Université de Sherbrooke

Emmanuelle Erny-Newton, Spécialiste en éducation aux médias au Réseau Éducation-Média

Richard Pesant, clinicien et agent de relation humaine au Centre de réadaptation en dépendance Le Virage

Anne Farrell, auteure du mémoire Étude du registre d'immersion et de l'état de présence interne chez les jeunes entre 11 et 15 ans qui socialisent dans les espaces de clavardage et de jeu (2008)


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