Maison Théâtre Pigiami Fin 6 jan 2019

AU PAYS DES ENFANTS


Éduquer… un village?

10 mars 2016

 

 

Par Marie-Hélène Proulx

 

« Je voudrais que tu parles du jugement des autres sur les parents lorsque leur enfant fait une crise en public », m’a suggéré l’autre jour une maman. Ce n’est pas la première fois que l’on m’en parle et cela me laisse toujours aussi perplexe. Lorsqu’un enfant pleure, ses cris sont souvent entourés de commentaires malveillants. Cette attitude d’adulte grincheux n’a rien de joli, c’est certain.  Bien d’autres occasions font également sentir aux parents qu’ils sont de trop. La semaine dernière, dans l’autobus, j’ai vu une mère avec son bébé dans les bras réclamer la place pour personne à mobilité réduite et se l’être vue refuser. C’est finalement une vieille femme qui a cédé sa place. Et puis, lorsque je vois les super cafés conçus spécialement pour les familles et que j’entends leurs proprios me dire que l’idée de leur entreprise leur est venue après s’être sentis brutalement rejetés ailleurs, je me demande si l’on ne s’en va pas vers une ghettoïsation des jeunes familles.

 

Pourtant, je sais aussi qu’il serait totalement exagéré de considérer les jeunes enfants comme les mal-aimés de notre société. Il suffit d’observer comment les gens fondent devant les sourires enjôleurs de bébé dans le métro ou comment la seule évocation de la violence faite aux enfants éveille un sentiment généralisé de révolte, pour comprendre que ce n’est pas le cas. Alors pourquoi les réactions banales des enfants en chair et en os dérangent-elles tant de personnes?

 

La place que l’on fait aux enfants aujourd’hui prépare notre avenir de demain. Cela est évident, au moins théoriquement, mais tout comme il est évident aussi que peu de parents font des enfants seulement au nom de ce grand principe. Avoir des enfants, et les élever, relève de choix personnels. Mais jusqu’à quel point peuvent-ils demander l’adhésion et le soutien social à leurs propres choix? Il s’agit moins d’une question que d’une tentative de décrire l’action de la ville anonyme devant la réalité des familles. Imaginons par exemple que l’enfant que j’entends pleurer ne serait pas un inconnu, mais plutôt mon petit neveu. Cela pourrait me déranger plus ou moins ouvertement, mais au fond, je sentirais que c’est « mon » avenir qui est en larme et ma première préoccupation serait de le voir sourire à nouveau.

 

Naturellement, cette mentalité de clan, où chacun se donne le droit d’exprimer un sentiment d’appartenance sur les autres, peut être un peu lourde; et combien de gens préfèrent la ville ou fuient carrément leur famille, leur patelin ou leur pays afin de vivre selon leurs désirs et leurs valeurs, et y vivre dans l’anonymat? En ville, les règles sont différentes. On a le droit d’être ce que l’on veut, pour autant que l’on ne dérange pas et que l’on ne demande rien. Ne pas déranger, ne rien demander, une règle moins contraignante que celle du clan? Ça reste à voir…

 

Jean-Jacques Rousseau disait que tout enfant qui nait doit finir pas accepter le contrat social qui régit son monde, graduellement. Mais durant les « 3 ans terribles », alors qu’il commence à peine à le percevoir et à découvrir le pouvoir de la contestation, ce n’est pas encore gagné. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il veut son cornet de crème glacée maintenant et que si maman refuse, tant pis pour nous si nous devenons juges et parties. Ce qu’il nous apprend alors, c’est que si nous voulons préserver notre bel idéal du vivre et laisser vivre, nous ne pouvons pas toujours échapper, pour autant, à la présence de l’autre.

 

Dans une société encore impensable sans leurs enfants, peut-être les familles nous rappellent-elles ainsi, à hauts cris, leur droit d’exister, dans les bons comme dans les mauvais jours. C’est une grosse exigence de demander aux familles, outre de se soucier du bien-être de leurs membres, de nous sensibiliser à leurs choix. Mais au fond, elles remettent peut-être en question beaucoup plus profondément les grands principes sur l’écologie ou le pacifisme, sur les devoirs d’appartenance qui nous lient encore à notre monde. On dit souvent qu’il faut un village pour élever un enfant, mais qui aurait cru qu’il serait de la tâche d’un parent d’élever un village?

 



Une perruque contre un sourire

10 mars 2016


Par Marie-Hélène Proulx

 

« C’est tellement mystérieux, le pays des larmes » (Antoine de Saint-Exupéry)




Un jour, je me promenais dans une des rues de mon quartier à la recherche, qui sait, de mon prochain sujet d’édito. Croyez-le ou non, il m’est littéralement tombé dessus. Se faire aborder par un homme avec une perruque de clown sur la tête, un enfant dans chaque main, c’est un sujet qui ne se manque pas. L’homme à la chevelure bleue s’adressa à moi en ces termes : « Madame, j’ai toujours rêvé de partager mon bonheur de porter une perruque de clown avec d’autres personnes; me feriez-vous cet honneur? » Trop curieuse de savoir la suite, j’acceptai. L’homme se retourna alors vers le petit garçon boudeur, qui tenait sa main gauche, pour lui dire : « Eh bien tu vois, Michel, le ridicule ne tue pas! »

 

Je m’en allais, trop heureuse de m’être fait ainsi fournir un sujet d’article, avec la morale en prime, lorsque le doute m’assaillit : est-ce vrai que le ridicule ne tue pas? Ces temps-ci, je vois beaucoup Simon-Louis, un chercheur qui a voué sa vie aux jeunes et moins jeunes victimes de violence ou même poussés au suicide par l’ostracisme et les railleries de leurs pairs. Il y a été incité par sa propre expérience. Comment aurait-il réagi si on lui avait dit, à lui aussi, lorsqu’il revenait de l’école, le désespoir dans la gorge, que le ridicule ne tue pas?

 

Je ne sais pas si l’on peut faire un lien entre l’expérience de Simon-Louis et l’air boudeur de Michel, encore moins si l’on doit comprendre que l’attitude du papa bouclé bleu visait à nier les sentiments de son fils ou au contraire à les dédramatiser. Mais comment peut-on réagir, sans l’ombre d’une hésitation, lorsque son enfant souffre ou craint le rejet? Et puis, le papa, quoi qu’on en dise, n’est pas resté prostré : il s’est levé, a mis sa perruque et est allé se promener dans la rue Faillon. Quand même, il fallait le faire! Et puis, une fois que l’on a reconnu la peine, a-t-on vraiment d’autres choix que de chercher, dans ce que l’on a, les moyens de la dépasser? Difficile de répondre. Avec les intimidateurs ou autres délinquants, c’est plus simple : on choisit de punir ou de passer outre; mais avec les victimes, on nage toujours un peu plus dans le flou…

 

Mais par-delà les jugements sur les méthodes éducatives, un message de la part de ce papa joyeusement ridicule, demeure indéniable : il voulait montrer à son fils qu’il l’aimait, sans honte, quoi qu’en pensaient les autres. Et savoir que l’on a « un papa le plus fort » qui résiste à nos chagrins et aux regards des autres, ça reste important, même lorsque l’on s’appelle Michel et que l’on veut bouder. Mais Michel savait-il que c’est tout aussi bon, pour un papa, de se sentir fort parce que l’on a un Michel à la main? Comme il serait terrible, en effet, le ridicule d’un homme, seul en perruque bleue, s’adressant aux étrangères! En revanche, comme on se sent fort lorsque l’on a l’impression d’avoir trouvé ce qu’il faut pour mériter l’amour ou la candeur d’un enfant!

 

Pour son fils, le papa clownesque avait-il finalement raison? Je ne sais trop, mais j’ai trouvé là la conviction qu’un jour, il faudra bien que je trouve un enfant à qui confier ce secret : tu crois que ton papa est fort, mais peut-être que ce courage-là, il l’a puisé en regardant au fond de tes yeux. Alors, va, fonce et grandis! Ta famille est là, derrière, et attend pour grandir avec toi.

 

 

 



Ce que tu m’as appris

10 mars 2016

 

Par Marie-Hélène Proulx

 

Cette semaine, à la cafétéria, on discutait entre filles de ces petites images de bonheur que l’on rappelle à sa mémoire pour nous aider à traverser les moments difficiles. Pour moi, c’était certain, l’image préférée était le tiramisu bien crémeux. « Mais pour toi, Sophie, qu’est-ce que ce serait ? », demandais-je à ma discrète voisine. « Moi, je pense à ma fille ». Sa réponse m’a surprise, car ce n’est pas tous les jours qu’un parent évoque un de ses moments d’allégresse familiale. J’entends beaucoup plus souvent parler de la lourde responsabilité du parentage, avec ses incertitudes et ses difficultés.

 

Ma cousine m’expliquait que, pour elle, ce n’étaient pas nécessairement les efforts qu’elle consacre et le temps qu’elle partage qui alourdissaient son rôle de parent. Au contraire, les moments ménagés pour l’intimité avec sa fille lui permettaient même de rejoindre, à travers son enfant, ses propres rêves d’enfance : « Moi, les poupées, les jouets d’enfants, ça n’a jamais cessé de m’attirer. Non, devenir un enfant, avec elle, ce n’est pas difficile. Ce qui l’est davantage, c’est de poser ses limites après, de redevenir la mère, l’autorité. Je n’avais pas vraiment prévu comment se passerait cette partie-là avant d’avoir des enfants. »

 

En effet, il n’est pas simple de venir à bout du défi de faire accepter à un petit être qui n’a pas demandé à venir au monde, les règles, justement, de ce monde loin d’être parfait, de lui faire comprendre qu’il devrait même apprendre à aimer un peu ces règles pour trouver sa propre harmonie. De plus, les convictions parentales doivent se transmettre au vu et au su d’une population dont les valeurs n’ont jamais été aussi diversifiées qu’aujourd’hui.

 

Ma collègue Marisa fait partie de celles qui en ont souvent long à dire sur le défi que peut représenter quotidiennement le devoir de tracer seule sa voie et de définir soi-même les règles, pour soi et son enfant. Elle s’est néanmoins laissée aller à ajouter, elle aussi, un jour, sur un ton de confidence, que les bons moments étaient encore plus importants. À l’aide d’une anecdote, elle m’a d’ailleurs expliqué de quelle nature pouvaient être pour elle ces mystérieux moments de bonheur : « L’autre jour, j’ai voulu raconter un petit mensonge devant mon fils et il m’a fait remarquer que ce n’était pas ce que je lui avais montré jusqu’ici. J’ai alors compris que je n’avais pas perdu mon temps à lui montrer ce qui est important pour moi. Il s’en souvenait. J’étais fière. » Le fils de Marisa révélait qu’il avait non seulement bel et bien affiné son esprit, mais aussi compris que le fait de soulever les contradictions de son petit monde et même de sa propre mère n’empêcherait pas leur amour de continuer à grandir.

 

John Bowlby et d’autres théoriciens ont tenté d’expliquer que dans la transition entre l’enfant rêvé et l’enfant réel, l’attachement n’arrive pas avec la mise au monde ; il faut prendre le temps de se reconnaître en lui et de le reconnaître comme sien, bref, d’adopter l’enfant, même s’il est de son sang. Ces théories partent aussi du principe que pour le jeune enfant, la mère représente d’abord le monde tout entier. Dans cette perspective, présumons qu’à partir du moment où l’enfant rend un sourire, jusqu’à ce qu’il montre qu’il adhère aux règles qui lui ont été transmises, l’enfant nous indique que lui aussi accepte, à sa manière, la lourde tâche d’adopter la vie.

 







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