Bayard Big Box Fin 8 Juillet 2017

L’équité : la justice familiale suprême !

L’équité : la justice familiale suprême !
mercredi 02 novembre, 2016

« C’est pas juste ! » Je serais prête à parier que vous avez déjà entendu cette phrase à la maison. C’est peut-être même l’une des plus populaires au registre des plaintes de vos enfants, surtout si vous en avez plusieurs et qu’ils prennent un malin plaisir à comparer vos façons d’agir avec chacun des membres de la fratrie.

Envie de ne plus vous faire reprocher vos soi-disant injustices, ou simplement désir de viser l’harmonie ? Faites du concept d’équité une manière de vivre… Une fois que vos enfants en auront compris l’essence et que vous l’appliquerez avec constance, vous découvrirez tout ce que cela peut changer à l’ambiance familiale au quotidien.

 

Équité = égalité ?


Les enfants confondent souvent équité et égalité. Si ces deux petits mots se ressemblent en ce sens qu’ils sous-entendent l’atteinte d’un équilibre, ils diffèrent dans la manière d’y arriver. Un traitement équitable peut mettre en jeu des moyens différents d’obtenir un résultat identique, alors que lorsque l’égalité est impliquée, l’ensemble du processus (moyen et résultat) devient forcément semblable pour tous.

 

Suis-je claire ? En fait, j’essaie de vous faire saisir le concept en usant d’une stratégie égalitaire (puisque vous lisez tous le même texte, et que je souhaite que vous en  appréhendiez la teneur). Cependant, une manière équitable d’atteindre mon objectif (en l’occurrence, vous faire comprendre l’équité) aurait nécessité, par exemple, que certains lisent la définition, que je l’explique oralement à d’autres ou même que j’en dessine les fondements, car tout le monde n’a pas la même manière d’apprendre, toutefois l’aboutissement ultime demeure égal : comprendre…

 

Comme parents, il faut aussi parfois user de stratégies différentes pour arriver à des buts semblables. Les jeunes ne sont pas toujours d’emblée enthousiastes à cette idée, s’ils n’ont pas bien compris ce qu’est l’équité, et les avantages qu’elle peut présenter. En effet, l’équité peut contribuer au sentiment de justice vécu par les enfants, dans la mesure où ce concept est clair dans leur tête et qu’ils ont l’impression que malgré les différences, ils obtiennent des récompenses ou des conséquences qui se valent. Dans un tel cas, ils se sentiront bien et respectés, et voilà sans doute l’un des principaux objectifs que tout parent poursuit. L’équité joue alors un rôle très positif dans la famille, à la condition évidemment que les parents l’appliquent de manière rigoureuse et transparente.

 

Vivre l’équité au quotidien…


Chaque fois que vous faites preuve d’équité, prenez l’habitude de le souligner oralement, de manière à ce que les enfants en viennent à bâtir leur représentation de l’équité. Un jour, vous n’aurez plus besoin de vous plier à cette discipline, cependant au départ, il est primordial de mettre des mots sur ce que vous faites et sur les raisons qui prouvent que votre manière d’intervenir s’avère équitable.

 

Par exemple, je fais de temps à autre des sorties seule à seule avec chacune de mes trois filles. Évidemment, ces sorties n’ont pas lieu au même moment, et il est possible que plusieurs semaines s’écoulent avant que chacune ait eu droit à son jour mère-fille. Ainsi, lorsque celui-ci survient, je rappelle à celles qui n’ont pas leur privilège que celui-ci viendra et qu’elles pourront choisir une sortie qui leur plaît, à un coût prédéterminé. Il y a donc égalité dans le budget et dans le fait de sortir, mais le choix de l’activité et la date varient. Cela reste donc équitable, car chacun y trouve éventuellement son compte et une rotation existe. J’incite également celle qui sort avec moi à ne pas se vanter de son « unicité » du moment. Les autres doivent attendre, alors ça ne sert à rien de les narguer. Cette délicatesse sera d’ailleurs bien appréciée lorsque les rôles changeront.

 

En somme, chaque fois que je traite mes enfants différemment entre elles, je prends le temps de leur expliquer les raisons qui me laissent croire que cette façon de faire demeure la plus équitable possible. Avec les années, j’ai ainsi remarqué que les plaintes au département de l’injustice sont devenues très rares. Je songe d’ailleurs à fermer le département ! 

 

Équité et différence


Quand mes filles étaient plus jeunes, cependant, j’ai entendu tout un lot de critiques. Les récriminations préférées de mes filles concernaient le « territoire ». Par exemple, s’asseoir à mes côtés à table était – et  demeure toujours, je ne comprends pas pourquoi – un privilège de haut niveau, tout comme être installée derrière moi dans l’auto. Pendant longtemps, j’ai laissé les filles choisir leur place selon la méthode « première arrivée, première servie ». Les plus lentes étaient très mécontentes de ne pas avoir de choix, et si une enfant était la plus rapide à de multiples reprises, les autres soulignaient l’injustice à grands cris. Je pensais pourtant que cette procédure offrait des chances égales à tout le monde (après tout, chacune pouvait se dépêcher), mais l’insatisfaction demeurait constante.

 

Un jour, j’en ai eu assez de gérer les émotions négatives dues aux chaises. J’ai donc instauré un système d’équité plus performant, que j’utilise maintenant depuis quelques années, avec succès. Je pense même que si j’annonçais le démantèlement du système, j’aurais droit à une insurrection (et je ne blague pas, tellement elles y tiennent).

 

Cela fonctionne ainsi : pendant une semaine, c’est toujours la même fille qui est assise à côté de moi, la même face à moi et la même en diagonale. La semaine suivante, on effectue une rotation des places en sens horaire, et ainsi de suite. Au début, je notais l’évolution des tours sur le calendrier, mais mes filles gèrent maintenant cela sans que j’aie besoin d’effectuer un quelconque suivi. Cette manière de faire les satisfait et tout le monde prend place calmement. Dans l’auto, le roulement sur le siège derrière le conducteur prévaut également : une à l’aller, l’autre au retour (mais c’est la première qui s’assoit qui choisit). Mon aînée s’installe à l’avant, alors elle ne fait pas partie de la bataille d’équité… Quand ma cadette aura grandi, ce sera une autre histoire… 

 

Dans le domaine du sommeil et des tâches, il peut aussi sembler pertinent de prôner l’équité par la différence. Par exemple, la quantité de sommeil nécessaire pour se lever du bon pied peut varier d’un enfant à l’autre, alors ce critère (plutôt que l’âge) permet un traitement équitable, car tout le monde est ainsi en pleine forme. De la même manière, les membres de la fratrie n’ont pas à avoir autant de tâches, car les plus petits en feront sûrement moins, mais au même âge, ils devraient avoir autant de responsabilités. C’est d’ailleurs ce que je mentionne à mon adolescente quand elle est mécontente d’en faire plus que ses jeunes sœurs : je l’assure que lorsqu’elles auront grandi, elles en feront autant qu’elle. L’équité peut aussi se vivre à long terme.

 

Quand équité = égalité


Donc, si l’équité prend parfois la forme d’un traitement différent ou même différé, dans certains domaines, équité se conjugue plutôt avec égalité. Certaines batailles familiales récurrentes me l’ont fait comprendre.

 

L’une des plus importantes a été les verres. Au départ, chacune avait un verre de sa couleur préférée (différente pour chacune). Ça a fonctionné à merveille jusqu’à ce qu’un jour, ma fille aînée demande d’utiliser celui de la benjamine, obtenant un refus catégorique de la part de cette dernière. Cela a engendré une série de demandes accompagnées de désagréables négociations entre mes enfants : je te le prête, je ne te le prête pas, peut-être, j’sais pas... Arrrggh! Après avoir trop souvent gâché l’ambiance des repas, j’ai opté pour l’égalité : des verres transparents et identiques pour toutes, car parfois, comme je l’ai mentionné, c’est un traitement égal qui assure le bonheur familial.

 

D’ailleurs, chez nous, tout le monde a droit aux « bonnes choses » de manière égale. Par exemple, si j’achète des cornets de crème glacée emballés individuellement, chacun peut en avoir un. Il n’est pas question que ceux qui mangent plus vite aient la chance d’en prendre un second, alors que d’autres n’en auraient pas eu. Toutefois, le principe d’équité est respecté en ce sens que chacun peut le savourer quand bon lui semble, à son rythme. Pour m’en assurer, les enfants inscrivent leur nom au crayon indélébile sur les aliments qui sont convoités. J’avoue que je revendique aussi cette égalité avec mon conjoint, même si nos « formats » n’ont rien de semblable. J’insiste pour déguster autant de trucs succulents, car j’aspire au même  plaisir !

 

Équité, tolérance et sens de la justice


L’équité ne revêt pas la même importance pour tous, cela dit je suis convaincue qu’elle est importante pour les enfants. Ils doivent cependant comprendre qu’être traité équitablement ne veut pas toujours dire être traité de manière égale ou identique. À force de faire vivre l’équité aux enfants, même si cela peut demander plusieurs aménagements dans votre quotidien, ils en deviendront des gens plus tolérants à la différence et ils auront une meilleure compréhension du fait que dans la vie, les choses ne sont pas toujours égales. Et malgré ces différences, ils sauront que vous les traitez justement…

 


Une autre manière de voir l’équité dans le couple

Le partage des tâches est souvent une cause de conflit dans les couples. Madame souhaite que monsieur en fasse autant qu’elle, ou vice versa. Cependant, il ne faut pas oublier que l’homme et la femme, dans un couple, ont rarement le même contexte professionnel et personnel. L’un travaille habituellement plus que l’autre, les horaires varient, les corvées de prédilection ne sont pas les mêmes… Bref, si on tente de distribuer les travaux ménagers également, la répartition n’est pas nécessairement équitable. C’est pourquoi mon ex-mari et moi avions une autre manière de procéder pour atteindre l’équité. Plutôt que de s’assurer que nous faisions également des tâches, nous prenions soin d’avoir tous les deux autant de temps libres. Ainsi, comme mon horaire de travail était moins chargé, je faisais plus de tâches et je m’occupais toujours d’emmener les enfants à la garderie et d’aller les chercher. Quand il rentrait, mon mari m’aidait et une fois les enfants couchés, nous devenions « libres » au même moment. Nous avions aussi chacun une soirée de tranquillité chaque semaine, qui commençait à la même heure pour chacun. Cette méthode évitait les frustrations de voir l’un avec plus de loisirs que l’autre et nous permettait de nous concentrer sur le positif, c’est-à-dire le temps de qualité dont chacun pouvait disposer.

Anik Lessard Routhier,
Enseignante en éducation à l’enfance


 









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