Dupin et Despres Fin 10 Juin 2017

Comment obtenir tout ce que vous voulez de vos enfants… ou presque !

Comment obtenir tout ce que vous voulez de vos enfants… ou presque !
vendredi 04 septembre, 2015

Je parie que ce titre vous a accroché au premier instant. Salivant comme jamais, vous avez pratiquement déchiré les pages de ce magazine pour dénicher cet article aux allures salvatrices. Prometteur, ce texte n’a pourtant rien de l’Infopub. Il ne vous vendra pas un produit miraculeux en trois versements qui rendra vos enfants obéissants en une nuit, ou argent remis !


Il ne contient pas non plus de prières ou de formules magiques qui assureront la docilité de votre progéniture. Cela dit, je peux vous donner ma parole que le contenu de cet article changera votre vie… si vous osez déployer les efforts requis pour en développer l’habitude. Mieux encore, ce sera l’ensemble de vos relations qui en bénéficiera : enfants, conjoint, collègues de travail, amis et entourage en général. C’est combien ? Tout à fait gratuit, mais vous pouvez toujours me poster un chèque si vous trouvez que j’ai contribué à votre bonheur familial et personnel. ;-)

 

J’ai réussi à piquer votre curiosité ? Quel est donc cette nouvelle façon de faire à intégrer à votre quotidien ? Il s’agit de la CNV : la communication non violente. Même si cette technique n’est pas très récente, j’ai cru bon la synthétiser pour vous. Ainsi, si vous en êtes à votre initiation à cette méthode, vous pourrez en cerner rapidement les bases et aller lire davantage sur le sujet[1]. Dans le cas où vous avez déjà entendu parler de la CNV, cet article constituera peut-être le rappel de la mettre réellement en pratique, si ce n’est pas déjà fait. Et si vous êtes déjà un pro de sa mise en pratique, passez l’article au suivant (et envoyez un message subtil à certains membres de votre entourage en le laissant trainer dans un endroit stratégique) ! Tout le monde y trouvera son compte ! Prêt à comprendre les fondements de cette manière de communiquer ? Allons-y !

 

Les bases de la CNV

Le fondement de la communication non violente (que je nommerai CNV dans le contenu de cet article) est le suivant : assurer une communication de qualité en maintenant le lien entre les deux personnes qui s’expriment. La compréhension de soi-même et l’écoute de l’autre sont au centre de cet échange, qui permet de mieux clarifier et de comprendre les propos de l’autre, tout en laissant à chacun le droit d’être soi-même et de s’affirmer en tant que tel.

 

Cette façon de dialoguer, lorsqu’on joue le rôle de l’émetteur, se veut utile pour demander quelque chose et augmenter les chances de l’obtenir de bonne grâce. Vous comprendrez donc qu’en tant que parent, cela s’avère plus pertinent. Vous voulez que vos enfants fassent le ménage de leur chambre, qu’ils entament leurs devoirs, qu’ils ne rentrent pas trop tard, qu’ils vous aident dans certaines tâches, qu’ils soient prêts à temps pour partir le matin ? Voilà autant de situations où la CNV peut vous faciliter la vie, tout en conservant l’harmonie dans votre foyer et vos relations.

 

Une méthode en quatre temps

Bien que Thomas d’Ansembourg1 considère la CNV comme une manière d’être et de vivre, je réfèrerai à celle-ci en parlant de méthode ou de technique, pour simplifier mes propos. Cela dit, il est vrai que la CNV, pratiquée sur une base régulière, deviendra en quelque sorte une seconde nature. D’ici là, armez-vous de patience et usez, pour y arriver, de cette simple astuce sûrement entendue durant votre enfance : tournez votre langue sept fois avant de parler. La réflexion est de rigueur pour ne pas dire n’importe quoi sous l’impulsion du moment et des émotions.

 

Comme rien ne vaut un exemple pour bien comprendre, je vous demande d’imaginer que votre charmant fiston de cinq ans tarde à venir enfiler son manteau et ses bottes au moment du départ pour la garderie ou la maternelle. Chaque matin, c’est le même scénario : fiston est occupé à jouer et, malgré vos exhortations répétées (qui passent du ton de la mère de Caillou à celui de la marâtre de Cendrillon), il continue son manège jusqu’à ce qu’exaspéré, vous le preniez par le bras pour l’accompagner en maugréant jusqu’à la porte. Si vous le punissez en l’empêchant de jouer, fiston se veut très créatif : il fait semblant de ne pas être capable de remonter la fermeture éclair de son manteau ou de mettre ses bottes, ou il prétexte une subite envie d’aller aux toilettes. Bref, en aucun temps fiston ne se montre prompt à s’habiller. Chaque matin, une désagréable course vous attend, si bien qu’enfin installé dans votre voiture, vous avez bien plus envie d’écouter Ma vie, cest de la marde de Lisa LeBlanc, que Cest beau la vie de Jean Ferrat. Gardez espoir : la CNV peut vous sortir de cet enfer, et beaucoup plus vite que vous ne le croyez.

 

La prochaine fois que la situation se produira, vous ferez votre demande en tenant compte de la démarche de la CNV qui, soit dit en passant, s’applique à toutes les situations : 

 

1)      Observation (O)

Vous indiquez ici ce que vous observez, c’est-à-dire les faits. Ces derniers sont neutres, sans jugement ni émotion, et ne contiennent aucun « tu » accusateur.

 

2)      Sentiment (sentiment personnel : SP ; sentiment de l’autre : SA)

Vous exprimez vos sentiments par rapport à la situation, encore une fois sans sous-entendu accusateur. Par exemple, si vous dites que vous vous sentez rejeté, cela implique que l’autre vous a rejeté ; il risque donc de le prendre mal. Si vous indiquez toutefois que vous êtes triste ou en colère, ou encore découragé, ce sentiment ne concerne que vous. Notez qu’un sentiment désagréable indique un besoin non satisfait, alors qu’un sentiment agréable sous-entend un besoin satisfait. On ne parle pas ici de sentiments négatifs ou positifs, mais seulement d’impressions indiquant des besoins comblés ou non. Vous pouvez aussi, selon le contexte, tenter de mettre le doigt sur le sentiment de l’autre pour le lui refléter. Cela s’avère particulièrement utile avec les enfants, puisqu’ils ne sont pas toujours spontanément en mesure de le faire sans aide.

 

3)      Besoin (besoin personnel : BP ; besoin de l’autre : BA)

À ce moment, vous exprimez le besoin dont il est question. Attention, il faut distinguer le besoin (insatiable et constant) de la demande (plus précise, négociable et satisfaisable). Par exemple, votre besoin d’amour sera probablement présent toute votre vie. Il est donc insatiable. C’est comme manger : même si vous l’avez fait hier, la faim reviendra sans aucun doute. Vous pouvez aussi, dans la mesure du possible, essayer de mettre le besoin de l’autre en parallèle avec le vôtre, dans les situations au potentiel conflictuel. (Ex. : vous voulez que votre enfant range sa chambre (besoin d’ordre), mais votre enfant a besoin de contrôler son espace de vie (besoin d’affirmation.))

 

4)      Demande (D)

À partir de votre besoin, vous devez énoncer une demande précise qui permet de le combler dans le moment. On ne joue pas aux devinettes : personne n’a à savoir exactement ce que vous voulez. Soyez clair et émettez une demande concrète qui puisse être satisfaite dans l’espace et dans le temps. Attention, cette demande demeure NÉGOCIABLE : l’autre peut donc refuser d’y adhérer. (Il faudra alors travailler ensemble à trouver une autre solution pour combler le besoin, dans la mesure du possible.) Par exemple, la façon de répondre à votre besoin d’amour peut varier : si vous souhaitez des moments de câlins devant la télé, l’autre pourra plutôt vous proposer de prendre un repas ensemble au restaurant ou vouloir vous offrir une soirée au cinéma. De la même manière que vous ne mangez pas la même chose tous les jours au même moment, plusieurs bonnes réponses sont possibles pour combler un besoin.

 

Voici comment vous pourriez appliquer ces principes de communication, relativement à la situation de l’exemple précédent :

 

Vous – Fiston, quand nous partons le matin et que je te répète plusieurs fois de venir t’habiller (O), je me sens exaspéré et frustré (SP), car j’aurais besoin que le départ se fasse dans l’harmonie et à temps (BP). J’imagine que de ton côté, tu aurais bien envie de continuer à jouer, c’est ça ? (BA)

 

Fiston – Oui, j’aimerais jouer encore (BP), mais j’aimerais aussi passer un peu de temps avec toi (BP). Tu es toujours pressé et tu ne prends pas de temps pour moi le matin (O).

 

Vous – Ça t’attriste (SA) ? Tu aurais besoin d’un petit moment avec moi (BA) ?

 

Fiston – Oui, c’est ça.

 

Vous – Alors, serais-tu d’accord si, cinq minutes avant le départ, j’allais passer un petit moment avec toi pour jouer un peu, puis qu’on s’habillait calmement après ces cinq minutes (D) ?

 

Fiston – Oui, je suis d’accord.

 

Évidemment, ce n’est qu’un exemple. Il se pourrait que fiston s’oppose à la proposition et qu’il suggère autre chose. Retenez toutefois qu’en reconnaissant le besoin et les sentiments de l’autre (allez à la pêche, votre enfant vous précisera si vous n’avez pas bien cerné sa situation), vous faites preuve d’une ouverture qui met l’autre dans un état similaire, ce qui favorise la communication. Et c’est là le principal impact positif de la CNV : une communication où personne ne se sent agressé, mais se sent plutôt accepté et compris. Cela fait toute la différence dans la réaction des autres.

 

Besoins : les satisfaire à tout prix ?

Rappelez-vous que les demandes sont négociables, mais pas les besoins. Vous n’êtes aucunement tenu de satisfaire les demandes de vos enfants (et vice versa), mais devez être en mesure de satisfaire leurs besoins (à distinguer d’une envie), s’ils ne sont pas encore capables de le faire eux-mêmes. Par exemple, vous n’avez pas à offrir de crème glacée à votre enfant qui a faim, mais devez le nourrir avec un aliment qui convient pour répondre à son besoin de se sustenter. Autre exemple : un enfant qui exige une console de jeu à 350 $ éprouve un besoin de se distraire et d’avoir du plaisir (légitime), mais la console n’est pas la seule solution. Passer un moment à jouer aux cartes pourrait tout autant remplir ce besoin, et couter beaucoup moins cher.

 

Retenez qu’à partir du moment où un enfant acquiert une autonomie suffisante pour répondre à ses propres besoins (ce qui prendra plus ou moins de temps selon les besoins en question), il en devient le premier responsable. Il en va de même pour vous et votre responsabilité face à vos besoins, évidemment, puisque vous êtes un adulte.

 

L’idée de la CNV repose donc également sur le fait de se responsabiliser face à ses propres besoins (l’autre n’est pas obligé de les combler), et de comprendre que les demandes sont négociables (l’autre peut proposer autre chose). Dans ce contexte, la collaboration d’autrui s’effectue toujours sur une base volontaire, et non par la contrainte. Même si cela exige beaucoup de temps et d’énergie, ne préférez-vous pas que votre enfant devienne une personne capable de dire non, mais qui collabore de bon cœur quand elle le fait, parce qu’elle l’a choisi ? Un adulte sain et responsable est en mesure de dire oui ou non en considérant ses propres besoins et ceux de l’autre, et il est en mesure d’accepter le « non » d’une autre personne sans s’en offusquer. La CNV permet d’obtenir ce type de résultat. Les conflits n’existent plus vraiment : ils ne sont que des processus qui mènent à l’affirmation de soi et au fait de trouver des solutions communes à certaines situations.

 

Conclusion

Présenter la CNV en un court article apparait un défi de taille. Si la méthode demeure pourtant simple à mémoriser (O-S-B-D), son application dans la vie de tous les jours requiert une dose considérable de patience, de réflexion et d’introspection. Cependant, l’effort investi vous sera rendu au centuple, et ce, tant dans vos relations familiales que personnelles ou professionnelles. Tentez l’expérience, ne serait-ce que quelques fois par semaine. Je suis convaincue que les résultats que vous obtiendrez, lors de ces mises en pratique, vous inciteront à devenir un as de la CNV. Bonne réussite !

 

 

Anik Lessard Routhier

Auteure de la trilogie Hommes àparier www.hommesaparier.com

Enseignante au collégial en Techniques d’éducation à l’enfance



[1] Je vous suggère le livre de Thomas D’Ansembourg : Cessez d’être gentil, soyez vrai, aux Éditions de l’Homme, publié en 2001. Une version audio existe également, si vous préférez écouter plutôt que lire. Voilà qui peut être très pratique en voiture.







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