Musée Armand-Frappier Fin 23 Juin 2017

Le sens des responsabilités : une aptitude qui s’acquiert avec la pratique !

 

jeudi 24 avril, 2014

 

Imaginez un jeune blanc-bec de 21 ans dans son premier appartement. Un Kraft Dinner vieux de trois jours termine sa vie collé au fond d’un chaudron. Les vêtements s’éparpillent et des bas roulés en boules font figure d’art postmoderne sur le plancher. Les « minous » de poussière, quant à eux, laissent sous-entendre que l’heureux occupant de l’endroit n’a pas touché son balai depuis la dernière année bissextile... Les comptes d’électricité et de téléphone se cachent quelque part sous une pile de feuilles, impayés et en retard de surcroît… Désolant !


 

Comprenons toutefois ce pauvre bougre : ses parents ont cru qu’il pourrait se procurer le sens des responsabilités dans un magasin de grande surface, en même temps que son trousseau pour quitter le nid familial ! Ils lui ont donc offert, croyant bien faire, de vivre une enfance insouciante et sans responsabilités. Or, ce jeune est maintenant désemparé ; il compte sur sa mère pour lui faire une lasagne hebdomadaire (et pour laver le plat une fois terminé !), tout en priant le ciel pour qu’elle se laisse aller à faire quelques brassées de lavage et, pourquoi pas, un peu de ménage…

 

Vous me direz que j’exagère le portrait et que je suis outrageusement sévère. Oui, j’en conviens. En fait, je prône le juste milieu entre offrir un répit aux enfants et les atteler à certaines tâches. Après tout, un peu de travail n’a jamais fait mourir personne, bien au contraire : c’est ce qui permet de développer la culture de l’effort et une certaine fierté personnelle ! Cela dit, la morale de l’histoire demeure principalement celle-ci : le sens des responsabilités se bâtit dès le plus jeune âge. Plus on attend pour l’inculquer, plus les conséquences pourraient être désastreuses.

 

Ainsi, si un sentiment de culpabilité vous envahit à l’idée de rendre vos enfants plus responsables (ou si vous avez encore plus peur de confier vos repas ou votre ménage à votre progéniture que d’un appel à l’improviste de l’Agence du Revenu !), je vous propose ici quelques balises et astuces pour structurer le processus de responsabilisation et combattre les excuses qui vous freinent. Au final, c’est toute la famille qui en profitera, puisque votre vie sera simplifiée et que vos enfants développeront de surcroît le sens de la collaboration et l’autonomie.

 

Quelle heure est-il, monsieur le Loup ?

C’est l’heure… de se responsabiliser ! N’attendez pas que votre enfant se transforme en rebelle pour lui assigner des tâches. Un adolescent pour qui on aura toujours tout fait grimpera naturellement au rideau (et même plus haut !) si, du jour au lendemain, on l’astreint à participer au bon fonctionnement de la maisonnée.

 

Une copine m’a confirmé cette impression : ses ados sont bien mécontents de devoir nouvellement participer aux tâches. Elle doit donc se montrer dix fois plus ferme avec eux pour qu’ils effectuent leurs divers travaux, puisque les mauvais plis sont incrustés depuis fort longtemps (comme certains plis de votre conjoint, j’en suis convaincue). Or, les responsabilités doivent faire partie de la vie, au même titre que l’hygiène corporelle ou les devoirs scolaires. Elles devraient être non négociables ! Ainsi, dès qu’ils ont deux ou trois ans, les enfants peuvent participer à l’organisation du quotidien. À cet âge, ils en sont d’ailleurs fort heureux. Mettre la table, ranger des jouets : voilà des demandes à la hauteur de leurs capacités. Plus vos enfants vieilliront, plus vous pourrez varier les plaisirs ! Et plus le temps dont vous disposez pour le vôtre augmentera ;-)

 

Mais, c’est long…

Je vous l’accorde, proposer à un enfant de réaliser une tâche prendra, au départ, beaucoup plus de temps que si vous l’aviez fait vous-même. Et en plus, ça risque de ne pas être effectué à votre satisfaction. J’ai dû refaire la vaisselle derrière ma cadette de 7 ans, et la superviser pendant un moment, et réexpliquer à ma fille aînée, qui a bientôt 11 ans, comment maximiser l’espace dans le lave-vaisselle. Je suis passé à un doigt de le faire moi-même, mais j’ai résisté (comme on résiste à une envie de chocolat ou à un sac de croustilles juste après le temps des Fêtes !).

 

En réalité, en éducation, vaut mieux avoir une vision à long terme, même si cela nécessite des investissements considérables en temps ou en énergie (faites que nos gouvernements lisent cette phrase !) Visualisez le jour béni où vos enfants pourront cuisiner certains repas et où vous ne toucherez la vaisselle que lorsque vous mangerez le contenu de votre assiette. Imaginez un congé de balayeuse ! Ressentez le bonheur de ne pas avoir 10 à 15 lunchs à faire par semaine ! On dirait le Club Med à la maison ! ;-) Cela ne vaut-il pas une perte de temps à court terme ?

 

Travailler sur soi…

Évidemment, tout cela exige de piler sur son impatience, mais aussi (surtout ?) sur son perfectionnisme. Tous n’ont pas la même propension à la délégation ! Il importe de lâcher prise sur le « comment », pour autant que le « quoi » a été réalisé. Par ailleurs, pour les parents aux tendances surprotectrices, il peut s’avérer facile de remettre les apprentissages au lendemain, sous prétexte que l’enfant n’est pas prêt. Est-ce vraiment lui qui ne l’est pas, ou plutôt le parent ? Je suis persuadée que lorsqu’on croit fermement aux capacités de son enfant, celui-ci les reflète, tel que le sous-entend l’effet Pygmalion. Alors, donnez une chance au coureur et laissez tomber vos propres peurs (ou cachez-les avec le monstre de la garde-robe).

 

Une chose à la fois

Évidemment, rien ne sert d’aller plus vite qu’un pilote automobile. Ce n’est pas une course ! En fait, je crois que l’introduction graduelle de responsabilités constitue la meilleure option pour favoriser l’autonomie des enfants (et l’équilibre mental des parents !).


En outre, en partant de l’intérêt des jeunes, il sera plus facile d’introduire des tâches. En ce qui concerne le gardiennage, par exemple, j’ai toujours attendu que chacune de mes filles me fasse savoir qu’elle désirait rester seule un moment à la maison. Ainsi, j’ai un jour offert à ma fille aînée de m’accompagner pour aller chercher ses sœurs à la garderie OU de rester à la maison et de m’attendre tranquillement devant la télévision. Pour elle, la seconde option apparaissait soudainement beaucoup plus palpitante. En lui expliquant certaines règles de base (comme ne pas répondre à la porte ou au téléphone et ne pas manger), elle profitait d’une nouvelle autonomie. Au fur et à mesure qu’elle grandissait, les périodes sont devenues de plus en plus longues, si bien que sans s’en apercevoir, elle est devenue capable de se garder seule sans jamais éprouver de sentiment de crainte. J’ai utilisé le même stratagème avec ses sœurs cadettes, et la formule a donné des merveilles !

 

Considérer les capacités

Si les tâches varient et tiennent compte des intérêts, dans la mesure du possible, elles doivent aussi refléter les compétences des enfants. Même si ma benjamine de 6 ans aimerait faire la vaisselle, elle est encore petite (et ma vaisselle, trop cassante !) ; c’est pourquoi cette tâche incombe à ma cadette, qui me prête main-forte dans cette tâche. Ma petite dernière dresse la table et la dessert, alors que l’aînée s’occupe du lave-vaisselle, cuisine à l’occasion et initie sa jeune sœur à la lecture. Mon beau-fils, lorsqu’il effectue sa visite dominicale à la maison, donne quant à lui un coup de pouce à mon aînée pour la préparer aux examens d’entrée au secondaire, qui auront lieu dans quelques mois, comme il est passé par le processus l’an dernier. Cela dit, rien de tout cela n’est coulé dans le béton. Il y a toujours place aux changements ! Évidemment, d’autres tâches sont communes à tous et constituent des incontournables non monnayables : les lits, le rangement des chambres et des vêtements, ainsi que les lunchs.

 

Couper la tarte…

Évidemment, le partage équitable des tâches demeure une préoccupation. Si vous avez plusieurs enfants, l’équité doit primer. Or, ce n’est pas synonyme d’égalité. Plus un enfant vieillit, plus il assumera de responsabilités. En même temps, si vous souhaitez allouer une légère rétribution financière, celle-ci n’a pas à être égale pour tout le monde. Personnellement, je remets à peine 1 $ par semaine à mes deux plus jeunes, alors que l’aîné obtient 5 $ depuis peu. Je me permets aussi de la souplesse dans l’attribution de ce montant et il m’arrive de payer à la pièce… ou de faire la patronne difficile, et de ne pas donner leur 4 % à mes filles, qui se seront attribué des vacances sans me consulter ;-)

 

Trop ou juste assez ?

Mes enfants sont-ils surexploités ou privés de leur vie d’enfants ? Je ne crois pas qu’une, deux ou trois heures de tâches par semaine constituent un frein au bonheur enfantin (mais ma mauvaise humeur si je suis toujours obligée de tout faire seule, oui !). Cela dit, d’une famille à l’autre, les exigences diffèrent. J’ai d’ailleurs cherché à comprendre pourquoi mes enfants semblent en faire plus que dans d’autres familles… Deux hypothèses ont été formulées : d’abord, l’autonomie est une valeur primordiale pour moi (donc, j’ai tendance à pousser davantage), mais surtout, je suis monoparentale depuis bientôt quatre ans. Étant l’unique adulte de la maison, les seules personnes qui peuvent me donner un coup de main sont mes trois filles ! Question de survie : la collaboration est de mise.

 

Je crois d’ailleurs fondamentalement à cette valeur : tous doivent participer au bon roulement de la vie familiale. Cela génère selon moi beaucoup plus d’impacts positifs que le contraire. La vie quotidienne semble plus égalitaire, plus facile. Les enfants gagnent une bonne dose de confiance en soi et d’autonomie. Ils apprennent à s’entraider sans avoir besoin d’une motivation extrinsèque (ils ne sont pas payés pour toutes les tâches, loin de là !). Ils ressentent de la fierté et développent leur débrouillardise. Un jour, celle-ci leur permettra de voler de leurs propres ailes sans crainte… et sans risquer de se transformer en Tanguy, cet amusant film français (2001) où les parents d’un jeune homme de presque 30 ans n’arrivent plus à le mettre à la porte, tellement il a été choyé chez lui.

 

Un principe à retenir…

Si vous n’êtes pas encore convaincu des bienfaits de développer tôt le sens des responsabilités, je reprends ici l’une des seules notions qui m’aient véritablement marqué lors de mon baccalauréat en enseignement : « Si ce que vous vous apprêtez à faire ne nécessite pas de diplôme universitaire, laissez donc l’enfant le faire ! » Tentez l’expérience, vous risquez d’être agréablement surpris… et d’y prendre goût !



 

Anik Lessard Routhier est enseignante en éducation à l’enfance et auteure de la trilogie Hommes à parier.
www.hommesaparier.com





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