ESBQ Fin 28 mai 2017

Jeux de guerre

lundi 16 juin, 2003

Quand j'étais petit, nous avions, mes amis et moi, une collection enviable de soldats de plastique, qui venaient avec des parachutes, des armes de haut calibre, des tanks et des avions. Tous ensemble, nous nous chargions de donner vie à la guerre. Nous construisions des forts où nous répartissions notre division blindée en accord avec notre stratégie d'attaque. Pour donner plus de réalisme à notre jeu, nous tirions des balles de sable, détruisant les bases ennemies. Les « ping pang » étaient les effets sonores qui accompagnaient nos jeux.

À sept ans, je décida d'échanger mes soldats de plastique contre un casque et une mitraillette avec son et lumière incorporés : cadeau du père Noël. Dans le quartier, les grues des compagnies d'électricité et d'eau avaient creusé des tranchées en prévision de l'érection de leurs nouvelles installations. Ces tranchées se convertirent en forts et cachettes. Le jeu commença à être plus divertissant, car nous étions des soldats en chair et en os et nous pratiquions différentes manières de mourir avec cris et sauts appropriés. Afin de pouvoir faire durer le jeu, quelques-uns uns se blessaient ou mouraient plusieurs fois dans la même guerre.

 

Ma mort la plus spectaculaire et la plus inoubliable se déroula dans la ville de Pisco, au sud de Lima. Ma mère nous y avait amenés en vacances.

Comme les jouets de guerre étaient demeurés à la maison, nous inventâmes des armes avec des balais et nous nous protégeâmes la tête avec des pots de peinture.

 

À l'insu de nos parents, nous pénétrâmes sur un terrain abandonné pour y jouer. Un ami de mon cousin commença à me poursuivre en criant : « Je vais te tuer, je vais te tuer », tout en me pointant de son balai. Me voyant cerné et sans possibilité de m'échapper, je décidai de mourir avec honneur et me tirai dans un trou rempli de déchets, tout en écoutant les « pam pam pam » de mon ennemi. En sortant du trou, je vis que mon bras droit était maculé de sang et ressentis de la douleur. L'ami de mon cousin commença à crier pendant qu'il regardait le bout de son balai, sans pouvoir s'expliquer ce qui s'était passé :

« Je ne voulais pas te tuer pour vrai… ».

 

Je terminai ce jeu à l'hôpital, avec des points de suture sur le bras et une blessure en forme de V. Ce n'était pas le V de victoire mais celui de vitre, un éclat en verre en étant la cause. À la suite de cette expérience, ma mère confisqua tous les jouets de guerre et nous interdit de jouer aux soldats, pour toujours...

 

Depuis quelques semaines, la guerre en Irak a commencé. Mon fils Ismaël, malgré ses 7 ans, n'a pas échappé à cette triste réalité. Un jour il s'est approché de moi pendant que j'écoutais le bulletin de nouvelles et il m'a demandé : « Il y a une guerre en ce moment, n'est-ce pas ? » Je lui répondis que oui... Àprès ma réponse, ses yeux se sont embrouillés : le plan américain de « choc et stupeur » a obtenu le succès espéré.

 

Combien d'enfants comme le mien ont vécu des moments semblables ? Ces enfants n'ont peut-être pas joué à la guerre comme moi, mais ils la vivent actuellement « en direct ». Cette fois, les bombardements remplacent les grues pour ouvrir les tranchées. Ce ne sont pas les bombes de sable qui détruisent la ville et les gens ne sont pas des petits bonhommes de plastique : les « ping pang » sont vrais et forts.

 

De mes jeux de guerre, une cicatrice me reste. Mais combien de blessures et de cicatrices laissera cette guerre ? Combien de morts seront nécessaires avant que maman Bush et maman Hussein cachent les armes et empêchent leurs enfants de jouer avec elles, pour faire une guerre où les morts ne se lèvent plus pour continuer à jouer ?

 

Grâce à l'interdiction de ma mère, j'ai appris de nouvelles formes de jeux. Ma créativité me sert maintenant à écrire et à inventer des histoires que je partage avec mes enfants et qui ont pour thème l'amour de la vie. J'ai réglé mes différends avec le père Noël et, malgré la guerre, nous continuons à jouer en liberté. Liberté que je partage avec les enfants dans les ateliers de théâtre et d'animation, dans lesquels nous utilisons notre imagination comme arme de création.

 

Marco Almeida est éducateur-professeur de théâtre et animateur de fêtes d'enfants.





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