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Une alternative à l’école traditionnelle : pour un milieu de vie différent !

mercredi 09 octobre, 2013

 

Il y a sept ans, je choisissais l’école primaire de ma fille aînée et, par ricochet, des deux autres. Invoquant Saint-Devoirs-du-Calvaire et implorant Sainte-Maîtresse-de-la-Rentrée, je priais pour que mon choix soit le bon. Après tout, cette école allait devenir pour mes filles un fort lieu d’attache. Il m’apparaissait essentiel qu’elles s’y plaisent et qu’elles y développent leur plein potentiel.


 

À deux pas de chez moi, une école traditionnelle apparemment bien organisée pouvait accueillir ma progéniture. Alors enseignante au préscolaire et au primaire, je savais bien à quoi m’attendre dans ce type d’établissement. Or, fidèle à ce que mes amies pensent de moi, je me suis demandé : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? ;-) N’écoutant que mon instinct, c’est vers l’école alternative que je me suis tournée, puisqu’elle correspondait mieux à mes aspirations pédagogiques et à mes valeurs. Consciente des avantages, mais aussi des inconvénients d’un tel milieu, j’ai entamé le processus d’inscription et, depuis, ma famille évolue dans cet univers particulier que j’adore.


Mais qu’est-ce qui rend ce genre d’écoles si alléchant ? En quoi leur pédagogie est-elle distinctive ? Voici ma réponse en vertu de mon expérience de parent, mais aussi d’enseignante. Évidemment, je témoignerai davantage de l’école de mes filles, Le Baluchon, à Laval, mais ses caractéristiques se conforment à celles des autres établissements alternatifs. Vous saurez ainsi si ces milieux novateurs répondent effectivement à vos aspirations éducatives et vous connaîtrez néanmoins l’envers de la médaille.


Une pédagogie active

La première fois que je suis entrée au Baluchon, j’ai eu l’impression de pénétrer dans une jungle… ou peut-être une fourmilière. La métaphore m’apparaît évocatrice : partout dans les couloirs, même dans les escaliers, je croisais des enfants en plein processus de travail. L’ambiance était vivante ; l’activité, constante.


En fait, les écoles alternatives prônent la pédagogie ouverte. Ainsi, les enfants sont amenés à mener activement des projets personnels afin d’intégrer des connaissances en français, en mathématiques et dans les autres disciplines du Programme de formation de l’école québécoise. Plusieurs périodes par semaine sont allouées à ces travaux, ce qui pousse l’enfant à s’autodéterminer : il choisit les sujets de ses projets et les notions qu’il souhaite aborder, tout en apprenant à gérer ses tâches et ses échéanciers. Le recours à l’agenda devient, avec le temps (parfois beaucoup de temps !), une seconde nature.


En parallèle, peu de moments sont attribués aux « petites classes », c’est-à-dire aux cours de type magistral où la matière brute est véhiculée. L’apprentissage se vit surtout au rythme de l’enfant, d’autant plus qu’il y a souvent un parent coéducateur (un diplôme es patientia pourrait être un atout) dans la classe pour soutenir l’enseignant. Comme les groupes sont divisés par cycles et non par année scolaire, l’enfant conserve le même titulaire pour deux ans (en espérant que ce soit le coup de foudre…). Il pourra ainsi progresser plus rapidement (ou le contraire) dans son cursus scolaire.


Des valeurs essentielles pour réussir dans la vie

Lorsqu’on foule les couloirs d’une école alternative, on constate bien vite que certaines valeurs transcendent les lieux (de même que les mitaines, tuques et autres objets perdus comme dans toute école qui se respecte). D’abord, la communauté et la démocratie sont mises de l’avant sur une base quotidienne. Les rassemblements de classe ou d’école sont fréquents et les enfants s’y expriment, prennent des décisions, votent... Un conseil d’élèves est d’ailleurs élu. Le respect constitue une valeur complémentaire : les enfants le développent en outre au plan du partage du matériel et de l’espace (il n’y a pas de pupitres à l’école, mais plutôt des tables communes de travail), mais aussi au plan environnemental. Le Baluchon, comme la plupart des écoles alternatives, sinon toutes, s’inscrit dans la lignée des écoles vertes.


Ces milieux sont généralement axés sur l’innovation, et ce, dans tous les domaines. Pas question de faire comme tout le monde ! Par exemple, il n’y a pas (ou si peu) de papier à l’école : tout est envoyé par courriel via la liste de diffusion des parents. L’usage des technologies comme les TBI est fortement encouragé pour la réalisation des projets. Les sorties se font grâce au covoiturage des parents. Et ce ne sont que quelques éléments d’innovation…


De plus, la coopération occupe une place prépondérante au sein des écoles alternatives. Les enfants viennent en aide aux plus jeunes, plusieurs projets se réalisent en équipe, les parents s’adonnent au bénévolat… En fait, l’ensemble de la famille s’engage dans la vie scolaire. L’engagement constitue d’ailleurs un incontournable : les enfants complètent des contrats de projets et doivent présenter oralement leurs résultats devant leurs pairs (dès la maternelle), qui ont alors le devoir de commenter et de questionner. Baignant dans cet univers effervescent, les enfants développent une grande autonomie : ils organisent leur agenda, choisissent leurs projets, se déplacent librement dans l’école et au service de garde, apprennent à s’exprimer devant un groupe, etc. C’est là, à mon avis, la valeur qui distingue le plus l’école alternative des écoles dites traditionnelles, où la structure et l’encadrement laissent moins de latitude à l’enfant quant à ces choix et à l’expression de sa responsabilisation.


Les bénéfices : apprécier le présent et se préparer au futur

Ces valeurs constituent un atout majeur des écoles alternatives afin de préparer les élèves à leur vie future. Sur le marché du travail et dans la vie en général, bien que les connaissances revêtent une importance, c’est surtout l’attitude des gens qui crée une différence. Des personnes ouvertes, coopératives, autonomes, capables de penser par elles-mêmes ou de prendre la parole devant une assemblée sans que le stress les transforme en Louis-José-Houde-sur-le-ritalin constituent, à mon avis, des individus dont il fait bon s’entourer.

Par ailleurs, les écoles alternatives se distinguent par leur ambiance familiale. Tous les parents sont tenus d’effectuer du bénévolat, et leur présence à l’école est valorisée et appréciée. Ils ont choisi ce milieu et s’y impliquent selon leurs forces et leurs intérêts, ce qui constitue un atout majeur pour créer un milieu vivant et dynamique. Les enfants ont ainsi la chance de côtoyer une foule d’adultes et une variété de modèles. Ils établissent une relation significative avec les parents de leurs pairs. La communauté devient en quelque sorte une seconde famille.


Au plan pédagogique, l’apprentissage m’apparaît plus motivant, puisqu’il se fait au rythme de l’enfant. Métaphoriquement, certains élèves roulent en auto de course alors que d’autres se plaisent à vélo. Il n’y a pas de répétition inutile de la matière en grand groupe, mais plutôt de l’aide individualisée. En outre, les projets choisis par les enfants placent les apprentissages dans un contexte significatif toujours relié à leur vécu et à leurs intérêts.


De façon spécifique (il faudra vérifier avec l’école alternative de votre territoire), le partage du matériel vous évite (Dieu merci !) la tâche ingrate des achats scolaires en début d’année. L’école prend cela en charge contre un chèque d’un montant très abordable. Une vraie aubaine! En plus, certains projets communs teintent le vécu scolaire. Au Baluchon, par exemple, une année sur deux se vit sous le thème du cirque. Les enfants montent un spectacle qui, pour les jeunes du 3e cycle, est présenté à la Tohu de Montréal. Enrichissant et parfait pour développer la souplesse ! ;-)


Où est le bogue ?

D’accord, je vous ai dressé un portrait de rêve jusqu’à maintenant. Trop beau pour être vrai ? Bon, bon, il y a bien quelques inconvénients à noter, si l’on veut faire un choix éclairé. Il est vrai que l’école alternative ne convient pas à tous les enfants, mais surtout, elle ne convient pas à tous les parents. L’investissement de temps est substantiel. Parents paresseux, s’abstenir !


Avant tout, sachez que vous devrez effectuer une vingtaine d’heures de bénévolat à l’école par année (cela peut varier d’une école à l’autre). Avantageuse pour les élèves, cette formule devient exigeante pour le parent, qui doit en plus se présenter obligatoirement aux deux assemblées annuelles et aux rencontres menées par les enseignants de leurs enfants. Cela dit, le bénévolat peut parfois s’effectuer de la maison ; pour ma part, je participe au bulletin d’information des parents dans le confort de mon foyer.


En outre, vous devez vous attendre à allouer plus de temps au suivi scolaire. Comme il y a peu de cours magistraux, les retours nécessaires à l’intégration de certaines notions devront avoir lieu à la maison. Vous devrez aussi épauler votre enfant dans la réalisation de ses nombreux projets, surtout jusqu’au 2e cycle. Ce n’est pas de tout repos, mais cela démontre hors de tout doute l’importance que vous accordez à l’éducation de votre enfant. Il vous en sera éternellement reconnaissant.


Sachez aussi, comme je le soulignais plus haut, que ce type d’écoles ne convient pas à tous les enfants, bien que l’on pourrait vous dire le contraire. Cela n’engage que moi et les constats que j’ai réalisés depuis que mes filles fréquentent un milieu alternatif, mais je suis d’avis que si votre enfant éprouve des difficultés d’apprentissage ou de comportement, ou encore s’il fait preuve d’une autonomie limitée, ce type d’établissement ne s’avère probablement pas le choix le plus avisé.


Notez d’ailleurs que l’autonomie des jeunes passe par une désorganisation apparente des lieux (pas de rangs, pas de pupitres, etc.). Dans les faits, l’organisation est présente, mais structurée autrement. Vous pourrez vivre un certain choc au début de la scolarité de votre enfant, mais vous vous y ferez, comme on s’habitue au fatras organisé de certaines chambres d’adolescents. ;-)


Prêt à se lancer ?

Vous ai-je donné envie d’en savoir plus ? Si oui, sachez que le Réseau des Écoles Publiques Alternatives du Québec fournit bon nombre d’informations sur son site Web (www.repaq.qc.ca). Les commissions scolaires pourront également vous diriger vers les écoles alternatives de votre territoire. À l’automne ou au début de l’hiver, une session d’information est organisée par chaque école. Attention : votre présence à cette réunion peut constituer une obligation pour l’acceptation de votre enfant. Des entrevues avec les parents sont aussi fréquentes. Cela dit, le processus de sélection repose habituellement sur le hasard, puis est suivi d’une entrevue qui confirme le choix de la famille et permet de finaliser l’inscription. Un comité accueille souvent les nouveaux parents à la rentrée scolaire : il peut arriver que vous soyez jumelé à une famille expérimentée pour répondre à vos questions et vous prendre en main. Bienvenue dans la grande famille des écoles alternatives !





Anik Lessard Routhier

Enseignante et maman de trois filles





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