Ville de Laval Fin 31 jan 2018

L’ENTRAIDE : CONCEPT RÉVOLU OU NOUVELLE MANIÈRE DE VIVRE ?

mercredi 12 décembre, 2012

« Il faut un village pour éduquer un enfant. »

Dans une grande ville comme Montréal ou même dans ses banlieues, souvent impersonnelles, croyez-vous que cette citation s’applique ? Connaissez-vous vraiment vos voisins ? Savez-vous vraiment qui sont les parents des enfants de votre école de quartier ? Vos amis sont-ils plus virtuels que réels ? Dans votre entourage immédiat, disposez-vous de l’aide nécessaire quand le besoin se fait pressant ? Bref, avez-vous l’impression de prendre soin de votre famille avec un réseau social riche et basé sur l'entraide… ou plutôt seul, seule ?

 

En discutant avec d’autres parents, on constate souvent à quel point se débrouiller en solo constitue souvent la norme. Dans ce contexte, est-il idéaliste d’envisager un virage d’une société individualiste vers un monde où il serait normal de s’entraider ? Sans prétention, cet article se veut un éloge à la collaboration, souvent plus évidente qu’elle ne peut en avoir l’air. Il suffit de demander… et d’offrir !

 

DÉPASSER LE RÉFLEXE FAMILIAL…

Le premier automatisme, lorsqu’il s’agit d’entraide, réside souvent dans le recours à la famille élargie (on sait bien, ils sont moins bien placés pour refuser !). Mamie gâteau, tantine ou frérot peuvent venir à la rescousse… Or, tout le monde n’a pas la chance d’avoir sa famille à « portée de la voiture ». Lilia, une amie marocaine récemment immigrée, m’avouait trouver l’intégration très difficile justement parce qu’elle ne disposait plus d’un proche réseau familial. Malgré des origines moins éloignées, la fille unique que je suis rage parfois contre le fait que ma mère demeure à 250 kilomètres de mon foyer. Cela ne s’avère que fort peu pratique dans les situations d’urgence, ni même pour le gardiennage occasionnel.

 

Dans un cas de figure comme dans l’autre, seuls deux choix existent : se débrouiller seule ou se bâtir un réseau d’entraide composé de membres extérieurs à la famille. Cela dit, cette option peut sembler moins naturelle, l’autonomie apparaissant souvent comme une valeur prônée dans bien des milieux. Il ne faudrait surtout pas quérir de l’aide, ça risquerait de mal paraître. Pourtant, la vie deviendrait tellement plus simple si on s’ouvrait, simplement. Pour ma part, c’est par la force des choses que j’ai pris le virage « entraide », à mon grand plaisir.

 

LA GALÈRE… DANS LA VRAIE VIE !

Vous aimez cette émission de Radio-Canada dans laquelle quatre mères de famille et leurs huit enfants se partagent une grande maison et se soutiennent mutuellement ? Moi, j’adore, au point tel que j’ai développé ma petite galère à moi… C’est la monoparentalité qui en fut aussi l’élément déclencheur. Quand on se retrouve seule à mener la barque, l’entraide devient une question de survie. C’est ainsi que, dans une optique d’abord purement financière, je me suis retrouvée à partager ma maison avec une autre maman monoparentale qui avait la garde complète de ses deux enfants.

 

Nous avions, et possédons toujours, chacune notre territoire : elle, le sous-sol, moi, les deux autres étages. Alors qu’au départ, nous conservions nos distances, j’ai un jour osé lui demander quelque chose qui a changé notre perspective à jamais : pouvait-elle jeter un œil sur les enfants pendant que j’allais jouer au badminton ? À l’heure où mon sport favori commence, mes filles son couchées, ce n’est donc guère compliqué, mais tout de même, j’étais gênée de demander. Or, j’ai obtenu une réponse positive et ouverte… Quel bonheur ! Je pouvais profiter de mon loisir en toute quiétude, sans que cela me coûte un sou. Évidemment, j’ai offert à ma colocataire de lui rendre la pareille. C’est ainsi que Josée a pu en profiter pour sortir le week-end. Nous étions toutes deux ravies.

 

Petit à petit, nous avons élargi la collaboration en nous répartissant la surveillance diurne des enfants. Par exemple, alors que l’une avait à l’œil la baignade des enfants, l’autre pouvait préparer son souper ou s’atteler au ménage. En fait, les enfants en sont venus, le week-end, à jouer librement à l’étage comme au sous-sol. Sur quel « territoire » sont-ils, cela n’a plus guère d’importance… Les portes sont souvent ouvertes entre les étages et ils y circulent alors à leur guise. Parfois même, un enfant dort ou déjeune sur un autre étage que le sien, en toute simplicité. Comme mon horaire de travail est atypique, Josée s’occupe de nos cinq enfants respectifs deux soirs par semaine. En échange, je lui offre des vendredis ou des samedis soirs. Je fais le taxi pour reconduire quatre de nos enfants au cours de trampoline, etc. Ainsi va maintenant notre vie…

 

LE SECRET EST DANS L’ÉQUILIBRE

Les gens sont souvent surpris de cette bonne entente. Selon leurs dires, ce n’est pas « normal ». Et si ça le devenait ? En fait, je crois que la notion d’équilibre est à la base de l’entraide. Lorsqu’on demande, il faut simplement être ouvert à donner et toujours ramener la balance de l’entraide en son juste milieu, pour le maintien constant de l’harmonie et des énergies.

 

Avec mon ex-conjoint, par exemple, il n’y a jamais de conflits. Quand l’un demande, il propose aussi quelque chose en contrepartie. Nous nous entraidons avec plaisir, parce que nous évitons les abus. Si donner est censé être un geste gratuit, je pense cependant que lorsque nous demandons, nous avons la responsabilité d’offrir en échange, dans la mesure de nos capacités. Mon ex et moi nous organisons donc pour que l’équilibre soit conservé. Résultat : depuis plus de deux ans, nous avons TOUJOURS été en mesure de nous entendre dans le respect et la facilité.

 

LE TROC DEVRAIT-IL REVENIR À LA MODE ?

S’il y a une méthode qui a fait ses preuves au fil de l’histoire de l’humanité, c’est bien le troc. Or, il repose justement sur le concept d’équilibre : je te donne quelque chose et tu me donnes quelque chose de valeur équivalente à nos yeux. Alors que l’argent constitue pratiquement la seule monnaie d’échange à notre époque, pourquoi ne pas se réapproprier les bonnes vieilles méthodes ?

Depuis deux ans, j’ai intégré le troc dans ma vie. À titre d’exemple, ma copine Giovana et moi faisons des échanges de massage. D’accord, elle est massothérapeute et mes massages n’ont pas la qualité des siens, mais nous y trouvons toutes deux notre compte en guise de détente. Par ailleurs, mon ami Nicolas et moi pratiquons nos techniques d’hypnothérapie en duo toutes les deux semaines. Ma copine Édith joue le rôle de ma « psy » attitrée : nos discussions téléphoniques font décompresser l’une ou l’autre, dès que le besoin se fait ressentir. Petit clin d’œil à mon amoureux, Stéphan, qui me cuisine de succulents petits plats alors que je m’occupe de la vaisselle, ce qui fait notre bonheur à tous les deux.

 

J’ai aussi osé demander, récemment, à une maman de faire du covoiturage pour l’activité chorale de nos filles respectives, aux Voix boréales de Laval, qui se tient deux fois par semaine. Ensemble, nous avons établi un calendrier incluant mon ex-conjoint et voilà que notre trio collabore tout en ayant un souci environnemental.

 

Il y a évidemment d’autres moyens de faire du troc. Nancy, une ancienne paire du secondaire, m’a raconté ce singulier échange de service : une fois par semaine, sa copine enseignante la décharge de la gestion des devoirs auprès de sa progéniture. Avec une « étrangère », ce moment crucial ne constitue plus une bataille, mais une occasion d’apprendre beaucoup plus révélatrice. Et si on échangeait ainsi ce suivi scolaire, de temps à autre ?

 

Caroline, une amie de longue date, témoigne de son côté avoir choisi une « maman de remplacement ». À l’instar de ce qui se vit dans le réseau scolaire, lorsqu’elle doit s’absenter ou qu’un pépin survient, elle la demande en renfort comme mère suppléante. C’est un peu ce rôle que Josée, ma colocataire, et moi avons l’une face à l’autre.

 

L’ENTRAIDE COMMUNAUTAIRE

Avoir la chance de bénéficier d’un réseau social fort, ce n’est pas l’apanage de tous. Cependant, au plan communautaire, la ville de Montréal et ses banlieues regorgent de maisons de quartier ou d’organismes qui offrent leur lot de soutien, que ce soit par des cours gratuits, des haltes-garderies à peu de frais, un service de répit pour les nouvelles mères, etc. Ces services sont là, il faut en profiter. Sur un plan terre-à-terre, de plus en plus de sites proposent des échanges matériels. Mon amie Andréanne me mentionnait, à titre d’exemple, un concept où les gens échangent leurs boutures de jardin, plutôt que d’aller acheter des vivaces au magasin. Divers organismes, comme l’Entraide diabétique, proposent de venir chercher gratuitement vos dons (vêtements, meubles, livres, jouets, etc.) pour se financer ensuite grâce à leur vente. Vous pouvez aussi donner un bon coup de pouce en offrant gratuitement vos objets inutilisés sur les petites annonces. Sinon, les dons de sang ou de temps s’avèrent toujours salutaires… Tout est possible. Il suffit de se mobiliser et de cesser de penser que l’argent, uniquement, mène le monde.

 

DÉPASSER LA GÉNE ET OSER…

On réalise probablement l’importance des autres et de l’entraide quand on est vraiment dans le besoin. Quel dommage, car tous pourraient en bénéficier dès maintenant ! En passant outre cet orgueil mal placé qui mène à vouloir tout faire par soi-même ou en affrontant la peur que donner nous rend vulnérables, nous pouvons réaliser que l’entraide vaut son pesant d’or et redécouvrir les bienfaits du troc. Comme tout est équilibre dans la vie, la roue du don et de la réception tourne sans cesse, pour le plus grand bien de tous. Ferez-vous partie de ce merveilleux manège de l’entraide ? Je vous le souhaite…

 

Anik Routhier

Enseignante et hypnothérapeute

www.croissance-personnelle.com





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