Bayard Mois du Mag Fin 2 Avril 2017

Deux sages sans paroles

lundi 18 octobre, 2010

Tous ceux qui me connaissent savent combien j'aime les mots. Pourtant, lorsque je vais travailler et que je rencontre Guillaume, un petit bonhomme de 7 ans qui ne sait en dire que quelques-uns, à cause de son autisme, je souris...

 

Son inépuisable joie de vivre m'émeut. Cette heureuse nature, il la tient peut-être de son père, un drôle de gentilhomme qui termine chacune de ses visites par une tournée générale des intervenantes : Guillaume nous donne alors un dernier câlin, pendant que son père demande : « Did he have a good day? » « Ah! Oui, Monsieur, il sourit tout le temps! » « I know, he is a very good boy ». Avec le père aussi, dont nous ignorons la langue d'origine, la communication tient davantage du bredouillage. Alors, pourquoi se donne-t-il ainsi tant de mal lorsqu'il connaît la réponse?

 

Cette petite interaction quotidienne me donne davantage envie d'espérer que de protester. Voyez-vous, des petits visages plus tristes, d'autistes, il y en a plein autour de nous. Au-dehors, des gens malheureux de ne pas avoir atteint leurs objectifs ou, encore, déçus parce que leur enfant a raté un examen ou une compétition, ne manquent pas non plus. En fait, tout le monde semble considérer l'accession au bonheur, par divers moyens, non seulement comme un objectif qui donne sens à la vie, mais aussi comme un droit. Mais qui atteint vraiment cet état de béatitude, si ce n'est Guillaume, malgré son handicap, ou encore son père lorsqu'il le regarde? Je comprends alors ce dernier d'être fier de lui.

 

Il y a bien d’autres choses, pourtant, que l'on considère comme des droits et pour lesquelles nous sommes prêts à nous battre farouchement, et avec raison : par exemple, le droit de mettre nos enfants entre les mains de personnes de confiance, disponibles et attentives à leur particularité, pour pouvoir repartir au travail l'esprit en paix. J'ai moi aussi écouté avec compassion des jeunes et des parents qui se sont butés aux limites des éducateurs et ont revendiqué un service de qualité. Toutefois, un peu comme plusieurs deviennent, paraît-il, un peu plus compréhensifs concernant les méthodes éducatives de leurs parents lorsqu'ils deviennent parents à leur tour, mes jugements sur les éducateurs se sont adoucis depuis que je dois moi-même éduquer des enfants.

 

J'avoue que les tentatives pour offrir le meilleur de soi à 10 ou 15 enfants, qui parfois réagissent par les larmes ou les « je ne t'aime plus », lorsqu'on tente de prendre soin d'eux, peuvent mettre les plus grandes amabilités à l'épreuve. Les enfants sont précieux et je sais combien il faut savoir se montrer à la hauteur du privilège de les côtoyer. Certains diront aussi qu'avant de vouloir aider les autres, il faut commencer par être bien avec soi. Voilà pourquoi, à la fin des journées où notre tendresse fut parfois plus hésitante, les rituels de reconnaissance comme les caresses de Guillaume et les « Did he have a good day? » de son père contribuent tellement à nous remettre en paix avec nous-mêmes. Ces marques de confiance de la part d'un parent, par-delà les exigences de performance, éveillent notre envie de continuer.

 

Pour d'autres, l'écoute passe par des gestes encore plus simples : penser à la paire de mitaines demandée, prendre le temps de saluer ou d'échanger ce sourire si apaisant, au moment de quitter l'enfant. On fait de grands discours à propos de la négligence, et même de la violence dans les institutions, mais il me semble que la prévention bien pensée commence surtout dans ces gestes-là. Ce sont souvent ces instants de complicité, avec un jeune ou un parent, qui font pencher la balance entre le doux souvenir et le découragement. Ils nourrissent ainsi notre désir de persister à tenter de changer une part du monde à travers les enfants, pour y faire naître plus de sourires.





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