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Histoire d’agrotourisme… et de famille

Histoire d’agrotourisme… et de famille
vendredi 14 septembre, 2018

Une chose est certaine : ce qui fait vivre l’agrotourisme, ce sont les amateurs de saveurs et de décors bucoliques. Mais les familles à l’origine de cette industrie en croissance sont-elles prêtes à s’ouvrir aux jeunes foodies en devenir et à contribuer à créer une nouvelle génération de parents éclairés ? Tout semble indiquer, sur les girouettes de leur grange autant que dans leur chiffre d’affaires, que le vent tourne de ce côté. 



Selon nos experts :


Ghislain Lefebvre, ancien brasseur chroniqueur gourmand à Radio-Canada, directeur du Conseil de l’industrie bioalimentaire de l’Estrie (CIBLE)
cible-estrie.qc.ca , et père de 4 jeunes gourmands de 6 à 12 ans

 

Pascale Coutu, copropriétaire de La Courgerie lacourgerie.com, à Sainte-Élisabeth, de Lanaudière, présidente du Conseil de développement bioalimentaire de Lanaudière, fille d’agriculteurs laitiers et mère d’un adolescent de 16 ans

 

Gabrielle Dumas, agricultrice et gérante exécutive de la Ferme Quinn lafermequinn.qc.ca, à L’Île-Perrot, en Montérégie, restée au sein de la famille depuis 3 générations

 

Louis Desgroseillers, copropriétaire de la cabane à sucre, du verger et du vignoble Domaine Labranche labranche.ca de Saint-Isidore, en Montérégie, fils d’entrepreneur en agrotourisme depuis 4 générations, et père d’une nouvelle génération de gourmands

Josée Toupin, ancienne résidente du Plateau-Mont-Royal, mère de 3 jeunes adultes, maintenant copropriétaire avec son mari et son fils de la Terre des Bisons terredesbisons.com à Rawdon, dans Lanaudière, et présidente de La Fédération des éleveurs de grands gibiers du Québec (FEGGQ)

 

 

 

 

Des liens à cultiver

 

Pour Ghislain Lefebvre, les familles avec jeunes enfants constituent une clientèle de choix, dans certains secteurs d’agrotourisme. Il est même en mesure d’affirmer, chiffres en main, après une étude de terrain détaillée qu’en ce qui concerne l’autocueillette, ces jeunes générations, en quête d’une activité pas trop loin de leur domicile, représentent la clientèle la plus propice à venir remplir les champs d’aujourd’hui et de demain de leur joyeuse présence, alors que les 40-55 ans se font beaucoup plus désirer : « Ils sont peut-être trop pris par la carrière. Est-ce qu’ils reprendront l’autocueillette lorsqu’ils auront atteint 60 ou 65 ans ? Peut-être, on le souhaite... Mais, en attendant, il y a un creux, là. Les 60 ans et plus, il ne faut pas miser sur eux pour le développement : ils ont plus d’argent, mais plus de risques de devenir malades. En autocueillette, ce n’est pas tout le monde qui a envie de se mettre à genoux dans les fraises. »

 

Pascale Coutu est même convaincue qu’en donnant aux enfants actuellement tous les moyens de redécouvrir le charme et l’importance de ce lien essentiel qui les relie à la terre et à une alimentation de qualité, elle prépare déjà le terreau pour les générations à venir. Non seulement elle observe que les parents qui ont vu leurs enfants comblés reviennent, mais aussi que les ados, après avoir boudé les sorties familiales durant quelques années, s’y présentent lors de leurs premières sorties romantiques, lorsqu’ils ont leur permis de conduire : « Je crois que c’est une tendance et que ça va continuer, parce que ces enfants-là vont avoir des enfants à leur tour et ils ont aimé ce qu’ils ont vécu. Ils vont vouloir le transmettre à leurs enfants parce que cela aura changé leur façon de manger, entre autres. C’est comme cela que nous créons une société aussi. Ils comprennent maintenant mieux les problématiques des milieux agricoles. Ils comprennent aussi mieux l’importance de manger local et santé. » Pourtant, elle avait lancé son projet de Courgerie, il y a 10 ans, avec la ferme intention de s’adresser aux passionnés de saveurs du terroir, plutôt qu’aux cueilleurs de citrouilles. Elle avait donc orienté son discours d’affaires vers les adultes désireux de vivre une belle expérience. Et c’est à sa grande surprise qu’elle a constaté que les familles ont continué à affluer vers son petit coin un peu perdu de Lanaudière, avec la tête remplie d’interrogations et les papilles aux aguets.

 

L’expérience de Louis Desgroseillers, et des générations qui l’ont précédé au Domaine Labranche, l’amène toutefois à la certitude que pour que les familles se plaisent et reviennent, les agriculteurs ne peuvent pas se contenter de les accepter sur leur terre. Ils doivent les prendre avec tout ce qu’ils sont, dont leur besoin de « s’épivarder » et de se faire entendre, et ce, surtout s’ils veulent rejoindre une clientèle citadine, qui a si peu d’occasions de jouir de grands espaces : « Ça fait quelques années qu’on est dans le domaine et je pense que quand on restreint les clients ou la famille qui se déplacent, et si on leur dit ?On accepte les enfants, mais je ne veux pas les entendre ! Contrôlez vos enfants. Assurez-vous qu’ils ne courent pas partout. Assurez-vous qu’ils ne crient pas trop fort et soyez toujours à côté de votre enfant : l’enfant ne peut pas être tout seul” […], c’est complètement à l’encontre de la réalité du client. La réalité du client est qu’il veut passer un bon moment et avoir différentes aires de jeux ou autres, de l’autocueillette de pommes, de citrouilles, une mini-ferme, où il y a un volet légèrement pédagogique : un volet où les enfants peuvent apprendre et un autre où ils peuvent s’extérioriser, profiter de l’extérieur, mais pouvoir faire de l’exercice et tout ça soit sécuritaire. On veut que nos enfants puissent être fatigués à la fin de la journée, qu’ils aient dépensé leur énergie, qu’ils puissent crier dehors et sortir un peu leur fou. Pourquoi ? Parce que toute la semaine, ils sont dans un cadre contrôlé avec la garderie ou l’école. »


 

Pascale Coutu a finalement compris qu’elle avait avantage à s’adresser aux enfants et à penser à ce qui fera qu’ils se sentent bien plus longtemps, puisque ce contexte contribue à rendre leurs parents plus enclins à se laisser aller à leurs élans hédonistes et à l’achat de quelques douceurs. Et c’est bien grâce à cet esprit bon enfant, et l’équilibre qu’elle a su créer entre les longues promenades dans les champs, à la recherche de la citrouille idéale, et l’encadrement à des moments stratégiques, qu’elle réussit à transformer la cueillette d’une seule citrouille en activité de quelques heures : « On a donc créé des choses simples pour que les enfants s’amusent pendant que les parents prennent un peu de repos ou, plus stratégiquement, que maman aille à la boutique. On est en marketing d’abord et avant tout. Même dans la boutique, on a une dégustation pour les enfants, parce que quand le petit goûte quelque chose, il est calme : ça peut être de la courge comme un lait au chocolat de la Vallée Verte. L’important est d’avoir quelque chose : le but n’est pas de vendre, mais de les occuper et que le parent sache que son enfant est le bienvenu. La boutique est située dans la maison. S’ils me voient passer et dire à leur enfant : ?J’ai quelque chose juste pour toi”, c’est une façon de dire ?Ça me fait plaisir que tu rentres”. »

 

Le message passe par des mots, mais a tout avantage à se traduire par des gestes et des idées concrètes pour égayer la vie des enfants et de leurs parents. Ainsi, dans des établissements à vocation plus familiale, il est plus courant de trouver de l’autocueillette, des tours de tracteur, mais aussi des aires de jeu, des espaces accessibles pour rouler en poussette ou les stationner un moment, ainsi que des tables à langer, voire des menus particuliers. Mais chacun se fait une fierté de la particularité de son offre et Josée Toupin a poussé l’audace et la recherche jusqu’à créer un musée à même la Terre des Bisons, correspondant à l’engouement du moment pour l’archéologie.

 

Des ressources en abondance

 

Ce souci de se dépasser constamment, madame Toupin a su l’exploiter en fréquentant les entreprises voisines ou encore des associations nationales, et internationales, mais aussi en réponse à une demande bien concrète des familles qui passaient à sa ferme, comme l’affirme également, chacun à sa façon, chaque agriculteur touristique rencontré : « Les familles recherchent de plus en plus d’activités. Initialement, on faisait des balades en charrette. Après, on a installé notre sentier en forêt. Les gens disaient ?Oui, on est venu, on a fait la balade, on a fait le sentier, avez-vous autre chose ?” Ce sont des gens qui étaient venus et qui revenaient. C’est à ce moment que nous avons décidé d’améliorer notre offre touristique. Cela cible aussi les visiteurs plus âgés, parce que notre centre est adapté aux personnes à mobilité réduite ; ça convient autant aux poussettes, aux marcheurs qu’aux fauteuils roulants. Mais c’est surtout les jeunes familles qui le demandaient et qui revenaient nous voir. C’est pour ça aussi que l’on a ajouté des aires de pique-nique. »

 

Pourtant, vouloir conquérir les familles ne signifie pas nécessairement chercher à créer soi-même toutes les activités imaginables pour transformer sa terre agricole en terrain de jeu. Au contraire ! Plusieurs s’arrangent pour connaître assez bien les vertus et les forces de leur entourage pour être en mesure de chuchoter à l’oreille d’un client une merveille méconnue que l’on retrouve dans le champ du voisin, en termes de saveurs ou d’activités. Cet esprit de convivialité et d’entraide fait partie intégrante de l’ambiance que Josée Toupin veut créer sur son site : « Il y a une bergerie, à Saint-Ambroise de Kildare, la Bergerie des Neiges, qui va même jusqu’à faire des camps de jour pour les jeunes. Je leur envoie des gens parce que moi, je n’élèverai jamais des agneaux. Ici, les gens ne peuvent pas toucher aux animaux, mais s’ils veulent toucher des agneaux, qui sont de leur grandeur, c’est mignon. Je sais aussi que si j’envoie des gens là-bas, ils vont être reçus comme il se doit. Ce ne sont pas toutes les entreprises d’agrotourisme qui ont ce souci. À proximité, j’ai aussi une dame qui élève des chèvres de boucherie et elle a le même souci de l’accueil et de bien servir les clients. Il ne faut pas se leurrer : mes bisons et ses chevreaux de boucherie, c’est de la concurrence. Mais ça reste loyal : on n’enlèvera jamais le bœuf de l’épicerie pour le remplacer par du bison. C’est pour cela que nous en faisons une expérience touristique. C’est pour cela que c’est agréable de leur dire que s’ils vont à cette entreprise, qui s’appelle Les chèvres du paradis, ?Vous direz bonjour à Rose de ma part”. »

 

Ces répartitions de rôles permettent également à chaque entreprise de demeurer plus authentique et plus fidèle à sa mission première. Ainsi, à la ferme Quinn, la famille et la jeune équipe d’aujourd’hui ont fait le pari de renoncer à vendre de la poutine et de se concentrer sur des aliments santé, dans ses produits à déguster sur place, mais aussi de continuer à servir en priorité sa clientèle jeunesse, même si les commerces s’adressant à des adultes amateurs de produits fins, de vin et de cidre ont la réputation d’être plus lucratifs. L’équipe se devait, aux dires de Gabrielle Dumas, de demeurer plus près du rêve des grands-parents de la famille Quinn, lors de leur arrivée sur la terre : « On transforme tout ce que l’on produit, alors ça va de soi d’avoir une boutique dans laquelle on va vendre nos tartes et nos autres produits plus fins comme les conserves ou les sauces. Bien sûr, ça vient avec le fait de les faire goûter à ceux qui viennent à la ferme pour s’approvisionner, mais la mission première, c’est vraiment ?On vous récolte des fruits et des légumes que l’on transforme et que l’on vous offre en plus à l’autocueillette”. C’est le mot d’ordre de la ferme. C’est sûr qu’on veut se diversifier pour plaire à une plus grande gamme de personnes, mais pas au point de déroger de notre mission principale. »


 

Cet arrimage entre les ressources peut aussi passer par des outils aidant les familles à planifier elles-mêmes leurs escales agrotouristiques. Ainsi, en Estrie, le guide createursdesaveurs.com permet de s’organiser une journée à la carte à travers les infrastructures qui, bien qu’accueillant généralement de moins grandes foules, se sont taillé une réputation, grâce à leur allure paisible et authentique : « L’autocueillette, ce n’est pas toujours évident, quand on arrive dans une nouvelle région. Et il n’y a pas beaucoup d’endroits où on peut voir, d’un seul coup d’œil, l’ensemble de l’offre selon ce que l’on veut et le temps de l’année où l’on est. Si on se fie seulement aux sites Internet, il faut chercher longtemps. C’est la même chose pour les marchés publics », explique Ghislain Lefebvre. Le guide Terroir et saveurs terroiretsaveurs.com remplit également ce mandat pour l’ensemble du Québec, allant jusqu’à suggérer des gîtes du passant en cours de route. Les journées portes ouvertes de l’UPA portesouvertes.upa.qc.ca/ avec leurs multiples activités gratuites directement sur le terroir, ou encore le grand rassemblement de leurs agriculteurs, le dimanche 9 septembre, au Parc olympique, peuvent aussi constituer d’autres formes de délicieuses initiations.

 

Nature généreuse pour citadins éclairés

 

Mais l’agriculteur a beau trouver intérêt à écouter son cœur, il doit rester bien enraciné dans la demande du public qui a su lui demeurer fidèle et s’adapter à ses réalités et ses désirs de changement. Ainsi, même entre les fraises et les poivrons, sur une terre ancestrale, Louis Desgroseillers, comme les autres agriculteurs en tourisme, constate que la course à la nouveauté et l’adaptation aux nouvelles exigences de la clientèle demeurent un défi continu et stimulant. Il est aussi le premier à faire remarquer que la clientèle familiale, bien qu’enthousiaste, s’avère néanmoins des plus exigeantes, à sa façon, surtout lorsqu’elle attend impatiemment son assiette, avant de retourner jouer. D’ailleurs, pour s’assurer le plus vif succès de ses plats auprès de sa jeune clientèle, il veille à les faire d’abord déguster par une tablée constituée de ses enfants et neveux et à observer leurs préférences, avant de préparer les assiettes pour enfants, servies avant celles des parents.

 

Mais outre ces éternelles contraintes associées à la jeunesse, les services particulièrement orientés vers l’art de vivre constatent aussi que leurs nouveaux clients, petits et grands, se présentent beaucoup plus informés, avec des questions plus précises et manifestent un plus grand souci face à l’environnement et aux bienfaits d’une agriculture plus raisonnée : « Les gens ne veulent plus seulement savoir que le bison mange du foin. Ils veulent savoir quel genre de foin ! Ce qui est bon pour eux et ceux qui les aident. On leur explique que les fermes laitières exigent un foin particulier et que, pour le bison, nous avons besoin d’un foin qui contient beaucoup de fibres. Je suis certaine que cette tendance n’arrêtera pas parce que les gens veulent savoir ce qu’ils mangent et comment nous gérons l’environnement », précise Josée Toupin.

 

À la ferme Quinn, qui vise principalement une clientèle plus jeune, Gabrielle Dumas n’a pas l’occasion d’entendre aussi fréquemment ces questions précises. Ce qu’elle remarque, c’est plutôt que les enfants ont souvent une image beaucoup plus floue de ce qui peut se passer entre la graine et l’étalage du supermarché, des étapes nécessaires, mais aussi de toute la relation à la terre et aux sensations qui peuvent les entourer. Pour cette raison, il lui semble que, par nature, une entreprise agricole qui se dit ouverte aux jeunes touristes devrait, naturellement, inclure un aspect éducatif : « Il faut inclure l’éducation, par exemple, par des tours guidés et éducatifs en lien avec l’agriculture ou par des panneaux d’éducation sur les granges des animaux, qui parlent un peu des abeilles ou des animaux de la ferme. On y explique pourquoi ça pue, un cochon. C’est probablement ce qui est le plus surprenant : de voir que les gens sont étonnés de voir des abeilles d’aussi près ou que les cochons, ça pue, que ça se roule dans la boue : il s’agit de reconnecter autant les adultes que les enfants à cette réalité. »

 

Mais ces agriculteurs voient aussi poindre des signes d’espoir et de plaisir à l’horizon et découvrent des enfants plus curieux que jamais d’explorer de nouveaux goûts, ou au moins d’essayer, plus qu’ils n’auraient osé le faire eux-mêmes dans leur propre jeunesse. Ces enfants sont-ils mystérieusement nés avec un palais fabuleusement doué ? « Cela fait partie des nouvelles pratiques quotidiennes. L’étude de Terroir et saveurs nous apprend que 60 % des gens ont tendance à revenir de leurs visites d’agrotourisme avec des produits locaux à la maison. Tant mieux si l’agrotourisme contribue à cela. Mais l’industrie alimentaire en général s’est beaucoup bonifiée en 30 ans. Même les spaghettis : il y a 30 ans, on n’y mettait que du sel et du poivre. Maintenant, on les prépare avec du basilic et un million d’autres herbes. Les papilles se forment aussitôt que les enfants commencent à manger. Je me base seulement sur ce que j’observe, mais c’est clair que les enfants partent avec une longueur d’avance en termes de diversité du goût et d’accès à des aliments intéressants à goûter », explique Ghislain Lefebvre.




 

Pour Louis Desgroseillers, issu de ces premières générations de grands amateurs de saveurs, maintenant devenus grands, l’agrotourisme offre un heureux compromis à ceux qui, comme lui, n’ont pas nécessairement envie de se contenter de frites au ketchup jusqu’à ce que leurs enfants se familiarisent aux plus longs rituels gastronomiques : « Comme on est une grande famille, l’aspect familial a été très important. On a tous de jeunes enfants. Nous arrivons tous au même constat : si je ne parle que de moi, je ne dirais pas que je suis un grand connaisseur dans la gastronomie, mais je suis au moins un amateur qui apprécie la bonne nourriture et le bon vin. C’est mon secteur et mon domaine. J’ai toujours été influencé par cela. Quand on a de jeunes enfants, on le sait, on est parfois contraint à mettre cet aspect de côté pendant un certain temps, jusqu’à ce que les enfants puissent se faire garder. Des endroits où l’on peut aller bien manger avec les enfants, je les compte sur les doigts d’une main. Qu’est-ce qu’il y a d’autres que McDonald’s qui a un espace pour les enfants ? »

 

En voyant la majorité des parents céder si aisément aux charmes des petits plats qu’ils leur concoctent avec amour, ces agriculteurs en viennent à penser qu’ils en auront pour un bon moment encore à guider les familles pressées sur la route de l’harmonisation des saveurs : « Les gens veulent cuisiner. Il y aura toujours des épicuriens. Mais il y a des gens qui préfèrent avoir du tout prêt. Parce que la vie va vite, nos plats cuisinés ont toujours beaucoup de succès. Les jeunes familles sont occupées et les parents travaillent. Arriver avec quelque chose déjà fait, c’est une tendance que l’on a vue se développer au fil des années. Nous vendons des tourtières que nous faisons à l’année. Quand j’étais petite, la tourtière, c’était seulement dans le temps des fêtes. On voit que maintenant les gens, plutôt que de mettre une pizza congelée au four, vont préférer mettre une tourtière », révèle Josée Toupin, qui accompagne souvent ses petits plats de conseils pour les réussir une fois chez soi, comme le faisaient nos grands-mères.

 

La rencontre de deux mondes et de deux familles

 

Pascale Coutu, dont le conjoint publie justement des livres de recettes, est bien placée pour savoir que cette tendance ne manque pas d’attirer les dégustateurs de la génération Instagram : « Parce que c’est à la mode d’être foodie; et moi, je n’ai jamais eu autant de 18-25 ans que depuis 3 ans ! C’est hallucinant. Les jeunes filles, bien habillées, qui vont se prendre en photo dans le champ de courges, il y en a. Et elles ne font pas que prendre des photos : elles en achètent plein et se filment en faisant des recettes. »

 

Et ces recettes, d’abord essayées dans les chaudrons des gens de la campagne, sont loin d’être les seuls secrets que l’aventure agrotouristique amènera la clientèle de madame Coutu à connaître : « Parce que c’est vraiment ça : on ouvre notre intimité à des gens. Une ferme est un milieu de vie. Ce sont des familles qui en accueillent d’autres. Donc, faire de l’agrotourisme, c’est être capable de faire cela. Moi, je ne tiens pas mon bagout du voisin : mes parents ont adoré et ils ont embarqué, mon conjoint aussi. Mais je pense à quelqu’un dont le conjoint et les parents détestent cela, alors qu’ils étaient encore très présents dans l’entreprise. Cela ne peut pas fonctionner », rapporte cette dernière, qui a d’ailleurs installé sa boutique en plein centre de son salon.

 

Et cette famille se constitue d’hôtes accueillants, mais aussi souvent de parents, qui ont légué leur héritage, de jeunes entrepreneurs qui en ont long à raconter sur leurs premiers boulots, pratiquement toujours dans l’entreprise familiale, des valeurs d’assiduité qu’ils y ont intégrées et partagées avec leurs clients dès l’enfance : « Keith, qui a 9 ans, nous aide au marché fermier. Il a le choix, mais tous les samedis, il est au poste pour aider ses grands-parents au marché fermier. Il aide à vendre les produits. C’est la saison des asperges en ce moment. Il va vendre les asperges et faire mousser nos produits en parlant de la ferme et il porte fièrement son chandail de la ferme Quinn. Il fait passer les gens à la caisse. Ça lui fait pratiquer ses mathématiques » rapporte Gabrielle Dumas.

 

Et, avec le temps, celle-ci voit aussi des liens se créer avec les gens de l’autre côté du comptoir : « Je crois que l’attraction qui plaît à tous et à tout âge, c’est la cueillette. C’est ce qui fait que les familles viennent d’abord avec leur poupon, puis leur enfant de 5 ans. Et je les vois tous grandir et revenir lorsque leur enfant a 12 ans. Ils reviennent chaque année et ça devient la tradition familiale de venir cueillir des fraises la fin de semaine de la Saint-Jean-Baptiste, voir les enfants faire des tours de poneys, entendre la musique et faire la fameuse photo avec tout le monde qui porte son chandail taché de fraises. On en voit beaucoup. Ça devient ancré dans leurs souvenirs et leurs traditions. »

 

Ces entrepreneurs agricoles doivent garder en tête que, même si leur clientèle ne s’imagine pas retourner à la maison sans leur panier de fraises ou leurs petits plats préparés, l’expérience touchera aussi le cœur et tous les autres sens de ceux qui les visitent : « L’expérience client, dans un lieu agrotouristique, va bien au-delà de poser 4 tomates dans son panier et de proposer une caissière qui a un beau sourire. Même les grandes épiceries parlent d’expérience client aussi. Nous, on veut aller plus loin que ça. Les familles veulent aller plus loin que ça, mais les baby-boomers aussi et l’ensemble de la population, quand on passe par un site agrotouristique et même touristique en général » rappelle Ghislain Lefebvre.

 

Et cette aptitude à savourer le plaisir vers lequel ces créateurs agrotouristiques tentent de nous guider, eux-mêmes doivent veiller à ne jamais le perdre de vue : « Je pense, d’une manière personnelle, à l’importance de prendre du recul et du temps pour soi, pour pouvoir en profiter et l’apprécier. C’est sûr que sur le plan comptable, ce n’est pas nécessairement rentable de passer des heures à caresser ses alpagas, mais on peut entrer tellement vite dans le tourbillon des saisons et des récoltes, des familles, des festivals, des admissions que vient un moment où on oublie d’en profiter » conclut Gabrielle Dumas. Les familles de la ville et des prés auraient-elles plus de points en commun qu’elles ne le croient ?

 

Quoi qu’il en soit, c’est également sur cette note contemplative que se termine l’entrevue avec Louis Desgroseillers, pressé de retourner aux champs. Ce dernier a d’abord fait partie de ces enfants qui doivent se lever tôt, même la fin de semaine, pour aller aux pâturages avant d’accueillir, à titre d’entrepreneur, une clientèle qui vient encore lui parler de son grand-père, et même de son arrière-grand-père, en les évoquant par leur prénom. Un défi de jeunesse exigeant, mais qui lui permettait de maintenir son lien avec ses parents, dans cette tâche qui les prenait, eux aussi, à toute heure du jour. Il en a gardé, malgré tout, un souvenir assez heureux pour répéter le rituel avec les siens : « L’année passée, j’ai semé des citrouilles avec ma conjointe et mon enfant. C’est plutôt une activité familiale : on joint l’utile à l’agréable. J’ai la contrainte de devoir semer des citrouilles pour les clients de l’automne, mais tant qu’à le faire, je le fais avec ma conjointe et mon enfant, au beau soleil, un dimanche après-midi. Il y a des choses vraiment pires que ça dans la vie ! »

 

Pour en savoir plus à propos des références citées dans cet article, communiquez avec L’Association de l’agrotourisme et du tourisme gourmand du Québec (AATGQ) terroiretsaveurs.com et le Conseil de développement bioalimentaire de votre région mapaq.gouv.qc.ca/fr/md/filieres/psconcertation/Pages/psconcertation.aspx

 

 

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Marie-Hélène Proulx
Portail Immersion | Fondatrice
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