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Quand la jeunesse prend son temps…

dimanche 15 août, 2004

Les jeunes passent plus de temps sur les bancs d’école que leurs parents, décrochent leur premier emploi plus tard dans leur vie et repoussent souvent le moment de fonder une famille... Ce phénomène, baptisé les retardements des transitions de la vie, est une tendance lourde qui a des conséquences importantes sur le développement de notre société…

 

Fin des années 30. Ma grand-mère a 20 ans. Elle est mariée, mère de deux enfants (elle en aura 15 en tout), règne sur son foyer et se révèle déjà tout un cordon-bleu ! Aujourd’hui, les jeunes de 20 ans n’ont souvent pas terminé leurs études universitaires, doivent parfois occuper un emploi à temps partiel pour boucler leurs fins de mois, sont loin d’être prêt à entrer dans une relation stable avec un conjoint, et pour plusieurs, la fondation d’une famille n’est pas un projet à court terme... Que s’est-il passé?

 

Récemment, l’Institut Vanier de la famille a publié un rapport sur le phénomène des retardements des transitions de la vie. Rédigée par le démographe et sociologue de l’Université Western Ontario Roderic Beaujot, l’étude illustre les conséquences de ces « délais ».

 

Les spécialistes l’observent depuis longtemps : les étapes normales de la vie d’une personne (les études, le premier emploi, la fondation d’une famille, la retraite, etc.) sont repoussées à plus tard. Les statistiques, étalées dans le rapport de l’Institut Vanier, sont là pour le prouver. En 2001, 41,1 % des personnes âgées de 20 à 29 ans vivaient toujours avec leurs parents, comparativement à 27,5 % en 1981. Les femmes nées entre 1941 et 1945 terminaient leurs études à 18,8 ans alors que celles nées entre 1971 et 1975 les terminaient à 21,8 ans. Mais c’est le taux de natalité qui en prend pour son rhume : l’âge médian de la naissance d’un premier enfant est passé de 23,4 ans en 1976 à 27,6 ans en 2001. La fécondité chez les femmes de 20 à 24 ans est quant à elle passée de 108 naissances par 1000 femmes (1976) à 56 naissances en 2001!

 

Le faible taux de fécondité s’explique facilement : comme les jeunes arrivent plus tard sur le marché du travail, ils entrent dans une relation de couple et se retrouvent dans une situation de stabilité financière tardivement. Ce sont là de grands obstacles à la procréation. « Souvent, on donne l’âge de 30 ans comme étant celui où l’on devrait avoir son premier enfant », dit l’auteur de l’étude Roderic Beaujot. Or, des couples repoussent même aux calendes grecques l’idée d’avoir un enfant. Dans son rapport, le sociologue écrit : « Certaines personnes ratent l’occasion d’avoir des enfants pendant le petit créneau qui va de la fin de la vingtaine au début de la trentaine, ou parce que la fécondité diminue avec l’âge. »

 

Si le fait de devenir parent plus tard compte parmi les causes expliquant la dénatalité au pays, au plan humain, il y a toutefois des avantages. « Pour les enfants, indique le rapport, les transitions retardées du début du cours de la vie font qu’ils ont des parents plus matures, possédant de meilleurs actifs financiers et humains. »

 

Retour au « bon vieux temps »?

Ce sont les profondes transformations au sein de la famille, au cours des dernières décennies, qui sont responsables de ces retardements : divorces, familles monoparentales, baisse du nombre de mariages, précarité, etc. En comparaison, dans les années 50, une période baptisée « l’âge d’or de la famille », les rôles étaient beaucoup mieux définis : l’homme travaille, la femme s’occupe des enfants ; c’est l’ère de la petite famille nucléaire qui peuple les banlieues… Tout était en place pour faire des familles de formidables fabriques d’enfants, propices à assurer le sain renouvellement de la population... Le baby-boom en est d’ailleurs la preuve concrète.

 

Cette famille idéale cachait toutefois de nombreux côtés obscurs qui ont amené son éclatement. « L’idéalisme de l’époque [des années 50] nous a mis des oeillères concernant certaines réalités de la vie familiale, notamment la violence et les mauvais traitements, indique le rapport. […] Personne n’osait trop sortir des sentiers battus, particulièrement les femmes. Les couples sans enfants étaient considérés égoïstes, les célibataires comme des personnes anormales, tandis qu’on estimait que les mères dans la population active faisaient du tort à leurs enfants et que les femmes célibataires enceintes devaient se marier ou donner l’enfant en adoption. »

 

« Des changements culturels ont amené une désinstitutionnalisation de la famille caractérisée par une baisse de la dépendance dans les relations femmes-hommes, tandis que les changements culturels ont mis davantage l’accent sur la camaraderie, l’individualisme et l’égalité des sexes », soulève l’étude de l’Institut Vanier. Oui, les mentalités ont évolué depuis les années 50. Il serait impensable de vouloir y retourner ! Mais le prix à payer est-il la dénatalité ?

 

Quelles solutions?

M. Beaujot propose dans son rapport certaines solutions modernes pour atténuer les problèmes découlant des retardements des transitions de la vie. Il conseille notamment au gouvernement d’investir davantage dans l’éducation postsecondaire afin de permettre aux jeunes « de quitter le domicile parental plus tôt et d’achever leurs études avec plus d’efficacité sans être distraits par des emplois à temps partiel. » Il faudrait aussi investir dans la transition école-travail puisque cela « réduirait les incertitudes des premières années passées dans la population active ». Et finalement, le gouvernement devrait revoir sa politique familiale afin de mieux soutenir les jeunes familles grâce à « des subventions pour congés parentaux, des avantages fiscaux, des heures de travail réduites et des services de garde à l’enfance » ce qui permettrait aux personnes à ce stade de leur vie « d’atteindre leurs objectifs professionnels et familiaux ».

 

Le problème, on le sait, est que la société actuelle est vieillissante. Par conséquent, les investissements gouvernementaux tendent à favoriser les personnes âgées (en témoigne l’énorme attention accordée au système de santé). Selon M. Beaujot : « On a tendance à trop penser aux personnes âgées. C’est bien, mais on oublie en même temps les jeunes familles. À cause de cela, on ne règle pas une partie du problème du vieillissement de la population : si les jeunes familles avaient plus d’enfants, le vieillissement serait moins lourd... »

 

Est-il possible de renverser la vapeur? Difficilement. La dénatalité est un problème de fond qui ne risque pas de se régler du jour au lendemain, même avec de l’aide gouvernementale. D’autant plus que le problème frappe surtout le monde occidental. Parce qu’il ne faut pas oublier qu’à l’échelle planétaire, c’est plutôt la surpopulation qui inquiète les démographes… Si les retardements des transitions de la vie perdurent, à quoi pourrait ressembler la société canadienne de demain? Selon M. Beaujot : « Dans 25 ans, il y aurait moins de personnes en union, surtout chez les plus jeunes. Il y aurait bien sûr moins d’enfants nés, car on arriverait à un âge où on ne peut pas avoir d’enfants. Donc, on serait tellement habitué à une vie sans enfant qu’on n’en aurait pas… » Joyeuse perspective…

 

Le rapport Retardements des transitions de la vie : Tendances et conséquences est disponible pour téléchargement sur le site de l’Institut Vanier de la famille.

www.ivfamille.ca





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