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Les enfants bruyants ou les bruits des enfants ?

mardi 01 avril, 2003

Il y a quelques jours, à la garderie, une maman me racontait que la propriétaire de son logement lui avait fait savoir qu’elle devrait quitter son logement parce que ses enfants faisaient trop de « raffut ». « Raffut »… je m’empressai de chercher le sens de ce mot dans le dictionnaire et quelle ne fut pas ma surprise ! Ce mot signifie « vacarme », « tapage ». Cela me rappela ce que mon professeur de langue nous disait : « Tout tapage est du bruit, mais tout bruit n’est pas tapage. »

 

Ce serait plutôt à nous, parents, de faire du vacarme en réaction contre les personnes qui n’apprécient pas le bruit naturel que nos enfants nous offrent. Je pense à ma fille et aux bruits que nous partageons à la maison. Elle a deux ans, presque le même âge que les enfants « bruyants » de mon histoire. À cet âge, il y a de nouveaux sons, de nouveaux mots, de nouveaux cris et de nouveaux sentiments.

 

Les enfants multiplient les découvertes et nous les partageons avec eux. Nous ne pouvons pas les empêcher de fredonner avec enthousiasme les chansons qu’ils ont apprises à la garderie. Nous ne pouvons pas non plus leur demander de rire en silence quand ils sont contents ou encore de ne pas courir pour nous accueillir à notre retour à la maison en nous couvrant de bisous et en criant « papa » ou « maman ». Tous ces gestes spontanés seraient à bannir tout simplement parce que leurs cris ou le son de leurs pas peuvent provoquer une réaction de la part des propriétaires, qui se mettront à donner des coups au plafond ou sur le plancher en guise de protestation ? Devons-nous éviter d’inviter leurs amis, les empêchant ainsi de partager leurs jouets dans la joie ? Devons-nous les envoyer jouer au sous-sol ? Voilà ce que je me demande : comment faire dans une ville où le froid ne nous permet pas de profiter de nos parcs toute l’année ? Devons-nous faire en sorte que nos enfants ne soient des enfants que l’été ? Nos enfants, justement en raison de leur condition d’enfant, ne sont pas responsables des vices de construction et des problèmes d’insonorisation que cachent nos maisons montréalaises depuis longtemps.

 

L’esprit rêveur, je me plais à imaginer que ceux qui ont conçu ces modèles de maison avaient l’espérance de former une communauté où le mot « voisin » signifierait « ami », « confrère » ou « frère »; où les enfants des autres seraient comme les nôtres et où tous grandiraient ensemble. Quelqu’un me disait que cela ne se passait qu’à la campagne et que c’est là que nous devrions aller élever nos enfants. Je ne pouvais pas le croire. Ce commentaire venait d’un professionnel qui avait décidé de ne pas avoir d’enfants. Il venait de s’acheter un condominium et il prétendait avoir acheté la tranquillité. Pourquoi les enfants des autres devraient-ils faire du vacarme et ainsi lui empoisonner la vie ?

De quelle vie parlons-nous ? Nous avons tous traversé l’enfance et, à cette étape de la vie, nous avons ressenti la même nécessité de nous exprimer et de jouer en toute liberté que les enfants d’aujourd’hui, qu’ils soient de la campagne ou de la ville, en Chine comme en Alaska. Notre condition d’adulte ne doit pas nous faire oublier notre enfance, période qui recèle peut-être les clés de notre présent.

Les questions de bruit et de vacarme sont aussi variées que multiples. Et toutes possèdent évidemment leurs particularités. Par exemple, mon grand frère, à 13 ans, eut l’idée de former un groupe de musique dans le quartier. Les chaudrons et les seaux se convertirent en batteries, les couvercles en cymbales, les tuyaux d’arrosage en trompettes et les entonnoirs en microphones. Chaque après-midi, ils se réunissaient chez moi pour pratiquer. Les chansons à la mode se convertissaient en martyre pour les voisins, en raison des cris et des sons arythmiques qui sortaient de ma maison. Les protestations ne se firent pas attendre et le groupe fut délogé de tous les lieux où il pratiquait. C’est pour cela qu’est né le nom inoubliable du groupe musical de mon frère : NO NOS BOTEN YA QUE NOS VAMOS (ne nous jetez pas, on s’en va).

 

Peut-être pensez-vous que cette anecdote est le fruit de mon imagination ? Ce n’est pas le cas. Avec le temps, mon frère se fit artiste, poète ou « fou », comme il se décrit lui-même. Les voisins en sont venus à le respecter et à l’aimer au fil de chacun de ses voyages, de ses apparitions à la télévision et au cinéma, ou encore par le biais de ses concerts. À quarante ans, il vient de devenir papa pour la première fois et je suis certain que, comme moi, il serait scandalisé par l’attitude de la propriétaire de mon histoire qui cherche à déloger une famille à cause des bruits des enfants…

 

Si cette histoire se terminait avec l’éviction de cette famille, je crois que nous nous sentirions tous méprisés en raison de notre condition humaine. J’ai demandé à cette mère s’il n’existait pas, au sein du gouvernement, un organisme qui protège les enfants et leur famille dans ce type de situation. Elle m’a répondu que, dans les cas particuliers comme le sien, ce serait la Régie du logement qui aurait à prendre la décision finale, décision qui risque de compromettre l’avenir de nos enfants et le modèle de société dans lequel nous désirons évoluer.

 

Il ne me reste qu’à terminer en me déclarant un enfant bruyant, comme ma fille quand elle joue, comme mes élèves quand ils chantent, comme mon frère quand il joue de la musique ou comme vous quand vous riez. Comme cette propriétaire, aussi, quand elle s’indigne contre les bruits des enfants.





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